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Festival de Berlin 2021

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Berlinale Market

Dawn of the War, photo courtesy of KFD

Cette année j’ai pu obtenir un badge pour le marché du film à Berlin pour sélectionner des films pour le Ciné-Festival en Pays de Fayence. Il faut dire d’abord que ça fonctionnait du tonnerre. On pouvait regarder sur le programme quel film on voulait voir et le placer dans un genre d’agenda, puis tous les jours il suffisait à l’heure voulu de cliquer sur le lien correspondant, valable juste à ce moment-là. Mais si avant la fin du film on cliquait sur le début, on pouvait revoir le film, possibilité que j’ai exploitée une fois pour un film très intéressant, mais difficile à suivre à la première vision car l’histoire est complexe, inspirée de faits réels. Il s’agit de Dawn of War de Margus Paju (Estonie, Lettonie, Finlande, Lituania 2020) racontant comment en août 1939, alors que Hitler et Staline signent un pacte de non-agression, un agent secret estonien est chargé de trouver un moyen de prévenir l’invasion de l’Estonie par l’Armée rouge. On y voit les espions des différents pays interagir, tendre des pièges, être loyaux ou trahissant leur pays – ou être accusés à tort de trahir – tuant ou étant tués au moindre faux-pas, parfois même être tué sans être du tout un espion, mais seulement soupçonné de l’être. Mais le héro va réussir à obtenir le code secret des soviétiques et prévenir ainsi l’invasion. Fascinant.

Je ne peux parler de tous les films vus, une vingtaine en tout, car, n’ayant pas une carte presse, il faut demander l’autorisation d’en parler aux ayants-droits et je n’ai n’ai pas toujours obtenu de réponse.

De certains films on sait déjà qu’ils ne seront pas disponibles en France, comme (probablement, mais ne perdons pas espoir, disons que pour l'instant il n'y a pas de distributeur français)

Despite the Fog de Goran Paskaljevic (Italie 2020).

Un petit garçon marche dans le brouillard avec un jeune homme. Mais sa chaussure est trouée, il a mal au pied, il ne peut plus marcher. Le jeune homme finit par le laisser, il faut qu'il avance, lui. Du coup, le petit garçon se réfugie dans un abri-bus. Là, un homme le remarque et lui propose de l'amener. Lui et sa femme ne peuvent pas avoir d'enfant. Ils sont ravis de s'occuper de lui. Oui, mais c'est illégal. On apprend que le petit est venu en bateau et que ses parents sont morts en mer. Il faudrait sans doute le ramener au centre de rétention des réfugiés. La monsieur va voir - et cela ne le convainc pas de laisser un garçon dans un lieu pareil. Sa femme, dépressive depuis la mort de leur petit garçon du même âge, s'attache à l'enfant. Elle aimerait en faire un bon petit chrétien. Mais voilà, où est la frontière entre envie d'aider quelqu'un et celle de se l'approprier pour combler un manque ? Mais quel autre avenir possible pour cet enfant ? Le générique nous apprend que des milliers d'enfants non accompagnés se trouvent illégalement sur le sol italien. Un très bon film pour enfants.

J’ai pu voir un certain nombre de bons films français qui ne sont même pas encore référencés sur allociné, mais dont je ne peux pas parler, à part un, distribué par Le Pacte qui m'a donné l'autorisation d'écrire quelques lignes : 

Le disours de Laurent Tirard avec Benjamin Lavernhe, Sara Giraudeau et Kyan Khojandi. Il s'agit d'un jeune homme assez coincé et névrosé, sa copine vient de lui annoncer qu'elle veut faire une pause, les repas de famille sont toujours aussi insupportables et pour couronner le tout, sa soeur lui demande de faire un discours lors de son prochain mariage. Il cherche toute sorte de moyens pour l'éviter... C'est surtout la forme du film qui est intéressante. Les différentes options imaginées par Adrien (Benjamin Lavernhe qui avait déjà incarné un rôle similaire dans Le sens de la fête) sont mises en scène au fur et à mesure, et lors des différentes situations les autres personnages se figent tandis que lui se tourne vers la caméra et explique les tenants et les aboutissants des uns et des autres. Une bonne comédie et feel-good-movie.

Moskau einfach (Aller simple pour Moscou*) de Micha Lewinsky (Suisse 2020), est un récit très bien mené, inspiré partiellement de faits réels. L’histoire se situe en 1989. Un jeune policier très zélé est chargé (de façon officieuse) d’infiltrer une troupe de théâtre soupçonnée d’être un nid de propagande soviétique. Le fait réel sous-jacent c’est le scandale des fichiers de surveillance de la police suisse de l’époque sur des milliers d’individus. Le policier tombe évidemment amoureux d’une des actrices et comprend petit à petit le pot aux roses. Une jolie comédie romantique aux accents sociaux sur fond historique.

Ich bin Dein Mensch de Maria Schrader (Allemagne 2021) est une très belle comédie romantique sur fond de questionnement sur le problème des humanoïdes.

Je suis Karl © Sammy Hart

Puis il y a un excellent film sur un sujet brûlant : Je suis Karl de Christian Schwochow (Allemagne/ Tchecoslovaquie 2021). Christian Schwochow est le réalisateur de Le fille invisible, prix du jury œcuménique à Karlovy Vary en 2011. Ici il raconte comment on peut tomber dans les rets de l’extrême droite. À la suite d'un attentat terroriste, la survivante Maxi est attirée par le séduisant étudiant Karl et, suite à son invitation, devient membre d'un mouvement européen de jeunesse qui se révèle moins sympathique que son discours de prime abord. Les allusions à Marion Maréchal-Le Pen sont évidentes. Le titre est le slogan que la foule crie (pas de façon spontanée, mais savamment orchestrée) suite au suicide à des fins idéologiques, maquillé en attentat, du fameux Karl – et comment ne pas penser à « Je suis Charlie » en une inversion maline de la solidarité avec des victimes, exploitée ici de façon maligne au profit des, disons-le, fascistes. Excellente étude des mécanismes de séduction que ces mouvements exercent et des ressorts tout à fait louables qui font que tant de gens tombent dans le panneau.

André Verlaguet

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