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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Emmanuel Marre – photo : Olivier Boonjing – montage : Nicolas Rumpl – son : Antoine Bailly - décors : Anne Falguères – costumes : Prunelle Rulens – distribution : Condor.

Avec :
Swann Arlaud (Henri Marre), Sandrine Blancke (Paulette Marre), Jean-Baptiste Marre (Henri Maux).

Notre salut

France, Belgique, 2026, 150min.

Réalisation : Emmanuel Marre

Biographie :

Emmanuel Marre, né en 1980, a fait ses études à l’institut des arts de diffusion en Belgique, dont il sort en 2008 avec un master en réalisation.

En 2017, il remporte le Prix Jean Vigo pour son court métrage, Le film de l’été.

En 2018, il réalise D’un château l’autre. Son premier long métrage, Rien à foutre, co-réalisé avec Julie Lecoustre, est sélectionné à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2021.

Résumé :

Le point de départ du scénario est la correspondance échangée sous l’Occupation par les arrière-grands-parents du réalisateur. Henri Marre, un ingénieur ayant dilapidé la fortune de sa femme en projets fumeux, s’efforce de trouver un emploi dans l’administration de Vichy. Grâce à son essai sur le « management », Notre Salut, il est embauché comme chef de service dans le Comité de lutte contre le chômage. A ce poste, on le voit déterminé à faire ce que l’on attend de lui, sans aucun état d’âme, jusqu’à basculer dans l’ignominie.

Analyse :

L’une des originalités de ce film est l’usage fait par le réalisateur des archives familiales que constituent les lettres échangées par ses aïeux alors qu’ils étaient séparés par les circonstances de l’Occupation. Paulette Marre y décrit les difficultés de la vie avec ses enfants et ne se prive pas de faire des reproches à son mari sur ses errements passés et ses manquements présents. Cela complète de façon intéressante ce que l’on voit de la personnalité, des agissements et de l’évolution du personnage à l’écran.

Pétain est l’homme providentiel pour Henri Marre, un petit fonctionnaire arriviste, zélé et sans scrupules qui applique le règlement à la lettre. Il est obsédé par l’efficacité et ne conteste à aucun moment les ordres qu’il reçoit, même les plus ignobles. Il est un simple rouage, très efficace, de la machine administrative collaborationniste, de ceux sans lesquels un tel système ne pourrait pas fonctionner. A aucun moment, il ne semble analyser ce à quoi il prête la main ; pour lui, il s’agit uniquement de réduire le chômage (quitte à humilier et à écraser bien des gens au passage), de fournir des listes, du carburant et des camions pour « des ramassages »

Parmi les gens qui l’entourent, certains essaient de montrer leur désaccord et d’exprimer des divergences malgré les risques encourus. L’un d’eux va jusqu’à démissionner. Pas lui.

Ce film est profondément original à plus d’un titre.

Tout d’abord, il montre de l’intérieur le fonctionnement de la machine administrative de Vichy, ce qui n’a jamais été fait, alors que les films sur la Résistance abondent depuis des décennies. Il pousse chacun d’entre nous à se demander ce que nous aurions fait en de telles circonstances.

Ensuite, du point de vue technique, il est très intéressant. Beaucoup de scènes sont filmées caméra au poing, avec des zooms soudains sur les visages ; on peut parfois penser à un documentaire dont les sujets ne sauraient pas qu’ils sont filmés.

On peut certes être dérouté par l’emploi anachronique de morceaux de musique pop, en particulier lors de la scène chez le préfet de Limoges où Paulette Marre et son amie d’enfance se déhanchent joyeusement sur Popcorn composé par Gershon Kingsley en 1969. Dans la scène suivante, le préfet félicite Marre pour l’aide logistique qu’il a apportée lors la rafle des juifs de Toulouse. Décidément, les fonctionnaires de Vichy sont déconnectés de l’horreur dont ils se rendent coupables.

Ce film peut paraître un peu long.

Selon l’historien Marc-Olivier Baruch, spécialiste de l’administration de Vichy :« ce film est à la fois puissant, original, savant et sérieux, c’est un film précieux sur le plan pédagogique ».

Catherine Le Boulc'h

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