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Avec :
Maïmouna Miawana (Kellou), Ériq Ebouaney (Garba), Achouackh Abakar Souleymane (Aya), Brigitte Tchanégué (Aïcha), Sambo Saley Adam (Chef du village), Christ Assidjim Mbaihornom alias Small Christ (Baba).
Il étudie le cinéma à Paris et le journalisme à Bordeaux. Bye Bye Africa (1998) obtient à Venise le prix du Meilleur Premier Film; puis Daratt (2006) à Venise et Un homme qui crie (2010) à Cannes remportent le Prix du Jury. Lingui, les liens sacrés (2021), était en compétition à Cannes. Ses films poétiques et engagés ont reçu de nombreux prix, et la médaille Fellini de l’UNESCO pour l’ensemble de son œuvre.
Résumé :
Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’ Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants.
Analyse :
Ce film déploie un conte fantastique d’initiation, à la fois minimaliste et profondément symbolique. Mahamat-Saleh Haroun, un des plus grands cinéastes africains actuels, y poursuit son exploration d’un cinéma intime et mythique, où la trajectoire d’un personnage individuel devient le révélateur d’une mémoire collective. Situé dans les magnifiques et austères paysages minéraux du plateau de l’Ennedi dans le nord-est du Tchad, le film suit une adolescente, Kellou, au beau visage doux et inquiet -orpheline de mère à sa naissance et troublée par des visions mystérieuses- qui va rencontrer une femme marginalisée par la communauté et accusée d’apporter le malheur au village, Aya, avatar moderne de la sorcière. Leur relation esquisse un récit d’initiation où Kellou commence à forger son propre regard sur le monde qui l’entoure et où se mêlent héritage spirituel marqué par des croyances animistes, prégnance des morts, résistance féminine au patriarcat et confrontation aux peurs collectives. Cette configuration rappelle un motif fréquent dans les traditions religieuses : celui du prophète ou du témoin rejeté par la communauté, dont la parole ou la présence dérange l’ordre établi. La figure féminine d’Aya, à la fois gardienne d’un savoir ancien et victime d’un mécanisme d’exclusion sociale, acquiert ainsi une dimension ambiguë. La mise en scène privilégie une narration lente et presque méditative, où l’histoire progresse moins par l’action que par la circulation de signes, de rêves et de récits. Dans cet univers caractéristique du cinéma de ce réalisateur, la frontière entre monde visible et monde invisible demeure poreuse. Par la puissance de ses paysages et par la simplicité de son récit initiatique, Soumsoum se présente ainsi comme une méditation aussi bien sur la mémoire, la liberté et la persistance des mythes que sur la peur sociale du sacré et sur la difficulté d’accueillir l’irruption de l’invisible dans la vie collective. Présenté en compétition au festival international de Berlin 2026, le film a obtenu le prestigieux prix de la presse et de la critique internationale pour sa subtile complexité, son approche singulière du surnaturel africain et sa réflexion sur la transmission d’un monde spirituel menacé par l’oubli.
Jean-Michel Zucker
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