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Avec :
Film documentaire, avec Samidullah Idrisov (le vieux projectionniste), Ayaz Khaligov (son jeune assistant)
Orkhan Aghazadeh, réalisateur et scénariste français est né en 1988 en Azerbaidjan, fils d’un réalisateur de télévision. Son court métrage de fin d’études (The Chairs, London Film School, 2018) a été présenté à plusieurs festivals et remporté des prix. Il a été lauréat de la Cinéfondation de Cannes 2021 avec le projet The Prisoner, Après d’autres courts, Le retour du projectionniste est son premier long métrage.
Résumé :
Dans un coin reculé des montagnes du Caucase, entre Azerbaïdjan et Iran, Samid, vieux projectionniste du temps soviétique, a su conserver son matériel de cette époque et se prend à l’idée de rouvrir le cinéma abandonné du village. Rien ni personne ne vient l’aider, sauf l’inattendu Ayaz, jeune passionné de techniques audiovisuelles. Les deux complices s’acharnent pour que la lumière jaillisse à nouveau sur l’écran.
Analyse :
L’énergie déployée par des cinéphiles pour faire perdurer ou réhabiliter un grand écran victime du mercantilisme a nourri beaucoup de scénarios émouvants, comme en Italie ceux des films-frères Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore, 1988) et Splendor (Ettore Scola, 1989). Le retour du projectionniste s'inscrit dans cette lignée, une histoire de nos jours, dans un décor, physique et social qui lui ajoute une dimension documentaire et dépaysante – pour nous, ouest-européens, en tous cas.
Plus que les pentes boisées ou arides des Monts Talych, c'est l’ambiance démobilisée d’un village abandonné à son sort au milieu des vestiges d’une société disparue qui frappe dans ce récit. Ainsi, c’est en Lituanie, Europe désormais, qu’il faudra commander la lampe de projecteur indispensable au projet. Dans ses efforts pour ressusciter le cinéma de ses souvenirs, Samir ne rencontrera pas d’opposition, mais une indifférence épaisse : on le laisse faire ; il pourra installer le cadre en bois de son écran dans la salle de réunion du village, les femmes voudront bien coudre les draps qui formeront l’écran, les notables visionneront le film qu’il a pu dénicher et accepteront qu’il cache de sa main, à la sortie du projecteur, les images qu’une société obsédée par le sexe n‘aurait pu tolérer… Une sorte de benign neglect qui permet à l’inventivité des deux compères de se déployer ; ainsi, la dernière bobine du film ayant été égarée au fil du temps par son dépositaire, Ayaz trouvera moyen, avec son téléphone portable et quelques agrandisseurs optiques, de projeter lui aussi un dessin animé qu’il a su créer et qui servira de conclusion à une histoire dont nous ne saurons rien.
La projection aura lieu finalement, mettant fin provisoirement à la tyrannie des petits écrans de télévision ou de téléphone, mais ce succès est en demi-teinte. Le retour des habitants, nombreux et amusés certes, dans la salle de classe de leur enfance, évoque plus une excursion exotique qu’un retour à une ancienne forme de culture partagée. Le cinéma, c’était il y a si longtemps… L’émotion des retrouvailles, en fait, sera surtout celle des spectateurs cinéphiles que nous sommes !
Jacques Vercueil
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