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Avec :
Jasper Ole Billerbeck (Nanning), Laura Tonke (Hille), Lisa Hagmeister (Ena), Diane Kruger (Tessa), Kian Köppke (Hermann), Detlev Buck, Matthias Schweighöfer, Lars Jessen…
Et Hark Bohm (1939-2025), en apparition (un vieil homme sur la plage).
Né à Hambourg en 1973 de parents turcs, Fatih Akin s’impose comme l’un des cinéastes majeurs du cinéma allemand contemporain, auteur, scénariste et parfois producteur/acteur. Après des études de communication visuelle à Hambourg, il se révèle avec Kurz und schmerzlos (1998), puis enchaîne des films abordant chronique sociale, mélodrame, thriller et comédie, avec une obsession fertile : comment vivre entre langues, héritages, classes sociales et loyautés contradictoires, sans transformer l’identité en slogan. Avec Une enfance allemande – Ile d’Amrum, 1945, Akin se tourne vers un récit historique et initiatique, coécrit avec son ami et mentor Hark Bohm, à partir des souvenirs d’enfance de ce dernier.
Résumé :
Printemps 1945. Sur l’île d’Amrum, en mer du Nord, Nanning, 12 ans, brave la mer pour chasser, pêche la nuit et travaille à la ferme afin d’aider sa mère à nourrir la famille. La guerre s’achève, mais la paix n’efface pas d’un coup les tensions : elle les déplace, les révèle, les rend parfois plus proches — et plus dangereuses. Le film suit ce garçon au moment précis où l’enfance se fissure : il veut « bien faire », surtout pour sa mère, mais se heurte à l’indicible et à la persistance des croyances d’hier. Akin filme ainsi un monde en train de changer de drapeau sans changer tout de suite de réflexes.
Analyse :
Un chef-d’œuvre, oui — au sens strict : une œuvre tenue, juste, sans graisse. Fatih Akin explore l’« âme allemande » là où elle ne se raconte pas bien à voix haute : dans les replis domestiques, les silences qui couvrent la honte, et cette zone grise où l’on n’est pas forcément monstrueux… mais où l’on peut le devenir par inertie. L’originalité tient au point de vue : celui d’un enfant, incarné avec une présence rare par Jasper Billerbeck, et à une mise en scène à la sensibilité à vif, sans fioritures, traversée d’une tension émotionnelle continue. Le récit procède par chocs minuscules : un regard qui se détourne, un adulte qui ‘explique’ trop vite, un mot qui sonne faux. Quand Nanning lâche en substance « tu mens », ce n’est pas l’insolence qui parle : c’est l’impossibilité, pour un esprit encore intact, d’admettre ce qui dépasse l’entendable. La force du film est là : il ne surligne pas, il laisse peser. Chaque silence devient une preuve, chaque hésitation une faille.
Akin ancre cette vérité dans la matière même du lieu : l’île, ses champs, sa mer, ses routines. La présence du nord-frison (et notamment l’öömrang) rappelle que l’Histoire traverse aussi les langues, et que certaines survivent à bas bruit, comme les traumatismes. Diane Kruger, paysanne droite dans ses bottes, apporte une rudesse lumineuse: une figure des petites gens qui tiennent bon quand d’autres, plus policés, se fourvoient jusqu’au bout.
Enfin, le dispositif se referme sur un geste bouleversant : le film est porté par la mémoire de Hark Bohm, et sa silhouette apparaît, brièvement, comme si le souvenir venait signer l’image. Le dernier plan, avec ce sourire minuscule, dit l’entrée de Nanning dans le monde adulte, mais aussi une confiance têtue dans l’amitié : l’espoir n’est pas confortable, ici, mais il existe. Et c’est déjà énorme.
Waltraud Verlaguet
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