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Avec :
Jodie Foster (Lilian), Daniel Auteuil (Gabriel), Virginie Efira (Paula), Mathieu Amalric (Simon), Vincent Lacoste (Julien). Présenté « hors compétition » au Festival de Cannes 2025.
Rebecca Myriam Clara Zlotowski naît en 1980 d'une mère juive marocaine et d'un père d'origine juive polonaise. Agrégée de lettres, elle choisit de ne pas enseigner et entre à La Fémis. Belle épine, son projet de fin d'études et premier film est présenté à Cannes 2010 (Semaine de la critique). Suivront Grand central (2013) puis Planetarium (2016). En 2019, Une fille facile est à la Quinzaine des réalisateurs (prix SACD). Les Enfants des autres (2022) s’attache à déconstruire les stéréotypes de la figure de la belle-mère.
Résumé :
Dans ce film romanesque et ludique, Lilian Steiner (Jodie Foster) incarne une psychiatre et psychanalyste américaine reconnue, installée dans les beaux quartiers de Paris qui se persuade que la mort de l’une de ses patientes, Paula est un meurtre. Troublée, elle décide de mener sa propre enquête qui la pousse à remettre en cause sa vie, ses certitudes professionnelles et ses relations.
Analyse :
Le film de Rebecca Zlotowski illustre une veine romanesque et joueuse. Depuis son premier long-métrage, Belle épine (2010), la réalisatrice a pu apparaître, globalement, comme une maroquinière chic du cinéma dit « psychologique », dont on attend de la « justesse ». Les cordonniers sont mal chaussés et les psys aveugles face à leurs propres névroses ou folies. Lilian est une dame de fer, psychorigide. Elle est moins émue par la mort de sa patiente Paula que par le fait de s’être trompée, d’avoir sous-évalué des pulsions suicidaires – ce qu’elle ne peut accepter. Elle se convainc alors que sa patiente a été tuée par un de ses proches et commence sa propre enquête, chaperonnée par son ex-mari Gabriel, ophtalmologue, qui prend goût à l’aventure. Toujours amoureux de Lilian, le médecin, s’empresse de l’accompagner dans son irraisonnée passion d’investigation. Et tout se mélange, à l’écran comme dans la tête de Lilian, entre comédie de remariage, et portrait d’une femme qui court après elle-même. Le film cavale, galope et démultiplie les personnages et les péripéties et questionne : un soignant peut-il vraiment rester neutre émotionnellement ? Mais le drame fait exploser la frontière entre vie intime et le travail qui vient la contaminer. La psychologie, et toutes les façons de la concevoir, d’y croire (ou pas), prend des allures ici de bande dessinée, avec ses archétypes, ses méchants qui deviennent gentils, et inversement. Lilian montre la fragilité des figures d’autorité que l’on croit infaillibles : elle se sent responsable de la mort de sa patiente, elle doute de ses compétences, et s’accuse, même sans preuve. Elle semble tout maîtriser, garde ses émotions à distance, elle incarne la rigueur intellectuelle, la retenue émotionnelle, mais l‘enquête la fait glisser vers l’obsession et la perte de contrôle : la psychiatre devient presque une patiente. Beaucoup de tensions ne sont pas exprimées : dans le couple, dans les relations professionnelles, dans la thérapie elle-même. Les dialogues sont souvent sobres, laissant place à des regards, des silences lourds, une violence intériorisée. L’ambiance du film est froide, épurée avec des lumières blanches qui renforcent le sentiment de distance émotionnelle. La mise en scène reflète l’esprit du personnage : maîtrisé, fermé, contrôlé. Même ceux qui analysent l’humain sont vulnérables. Rebecca Zlotowski interroge la responsabilité morale des soignants, la fragilité mentale qui se cache derrière la réussite. Belle performance de Jodie Foster et un Daniel Auteuil très en forme; film sur le vertige de comprendre l’autre… sans jamais se comprendre totalement soi-même.
Pierre Trotemann
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