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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Gabor Reisz. Dir Photo : Kristof Becsey. Décors : Zsofie Tasnadi. Musique : Andras Kalman et Gabor Reisz. Montage : Vanda Goracz et Gabor Reisz. Prod. : Julia Berkes. Distribution : Memento Distribution (France).

Avec :
Gaspar Adonyi-Walsh (Abel Trem), Istvan Znamenak (György, le père), Andras Rusznak (Jakab, le professeur), Rebeka Hathazi (Erika, la journaliste), Lilla Kizlinger (Janka, la camarade de classe).

L'Affaire Abel Trem

Hongrie, Slovaquie, 2024, 127min.

Grand prix à la Mostra de Venise

Réalisation : Gabor Reisz

Biographie :

Né en 1980 à Budapest, Gabor Reisz a étudié le cinéma à l’Université dramatique de cinématographique de Budapest, avec, comme professeur Ildiko Enyedi. Homme-orchestre, il est acteur, scénariste, directeur de la photographie, compositeur de musique et réalisateur. L’Affaire Abel Trem est son troisième long-métrage.

Résumé :

Plutôt que d’avouer à son père qu’il a échoué à son examen parce qu’il n’a pas suffisamment travaillé, le jeune lycéen Abel Trem invente un mensonge aux conséquences imprévisibles.

Analyse :

Qui est Abel Trem ? C’est un jeune lycéen hongrois, un peu mollasson, très cossard, attachant dans sa fragilité et ses ballades solitaires à vélo, un peu amoureux aussi (ça n’aide pas forcément dans le quotidien), et pas mal terrorisé par son père. Qu’on rassemble tout ça dans un godet, qu’on secoue et qu’on jette les dés, et on conçoit bien qu’à l’arrivée, le jour de l’examen, malgré toute la bienveillance manifestée par les professeurs (et Dieu sait s’ils en mettent, les professeurs, de la bienveillance et de la compréhension !), en particulier celui d’histoire, son examinateur direct, l’échec soit inévitable. Et on conçoit tout aussi bien qu’il soit ensuite impossible à Abel, face à son père, de reconnaître qu’il est le responsable de ce résultat désastreux. Et le jeune homme de se mettre à mentir en accusant son professeur de l’avoir scandaleusement sacqué parce qu’il portait au revers de sa veste un pin’s patriotique qui l’a fait passer pour un partisan d’Orban. On ne plaisante pas avec la liberté d’opinion, et le père d’Abel va monter au créneau, et le proviseur va monter au créneau, et tout le monde va monter au créneau, cette fois le « pas de vagues » se transforme en tempête médiatique, avec une crête de la vague tirée encore plus haut par une jeune journaliste aux dents longues qui trouve dans cette affaire l’occasion rêvée de passer de pigiste à pro et aligne des »Unes » que toute la Hongrie s’arrache.

La conclusion à tirer de cette tempête qui aurait dû rester dans un verre d’eau ? Peut-être le constat de la difficulté d’enseigner aujourd’hui, quel que soit le pays. Peut-être aussi l’expression d’une inquiétude devant une société fêlée dont la vitre qui la protège menace d’exploser au moindre caillou. Ou encore, quand, dans la dernière bobine, on suit une manif de jeunes Hongrois qui, Abel compris, se ruent dans une ambiance de monôme d’après bac vers un mur, le franchissent et foncent direction plage et baignade, peut-être faut-il lire ce film comme le rêve d’une société libérée des carcans mortifères qui l’étouffent et aspirant au souffle de la vie. Sous les pavés, la plage ? On a déjà entendu ça !

Jean Lods

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