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Fiche technique :
Réalisation, scénario, image, son: Ye Ye. Montage: Rodolphe Molla, Ye Ye. Mixage: Thomas Fourel; Montage son: Olivier Dandre, Mickaël Nabeth. Production: SaNoSi productions. Distribution: Nour Films.

H6

France, Chine, 2021, 117min.

L'Hôpital du peuple

Cannes 2021, séance spéciale

 

Réalisation : Yé Yé

Biographie :

Originaire de Harbin au nord-est de la Chine, Ye Ye travaille en Europe et en Asie où elle pratique plusieurs métiers, le design, les effets visuels de cinéma, l’architecture et le land-art. H6 est son premier long métrage documentaire, en sélection officielle à Cannes 2021

Résumé :

Le destin de 5 familles se joue à l’hôpital n°6 de Shanghai. A travers leurs histoires croisées se dessine un portrait de la Chine d’aujourd’hui entre culture traditionnelle et modernité. La solidarité, la tendresse et le sens de l’humour permettent aux familles de tenir le cap face aux aléas de la vie.

Analyse :

L’hôpital n°6 de Shanghai est un des plus grands hôpitaux chinois. Une grande confusion parait régner dans la salle d’attente de son service d’urgence où se mêlent et attendent les patients et les familles, tandis que médecins, infirmières et aides-soignantes, affairés et surmenés, passent rapidement, et leur répondent plus ou moins évasivement. Plusieurs histoires dramatiques vont s’entrecroiser. Un homme mûr, tombé d’un arbre et devenu quadriplégique, s’accroche à l’espoir d’une opération coûteuse, risquée et incertaine que les médecins lui laissent ainsi qu’à sa famille d’origine rurale la responsabilité de décider. Un vieil homme amoureux, « gentil mais fauché » selon ses propres termes, vient tous les jours voir sa femme, à peine consciente et encombrée de tuyaux, entre 15h et 15h 30 - l’intervalle horaire strict autorisé pour une seule visite par malade- et communique avec elle avec une émouvante et intelligente tendresse. Le père d’une fillette, hospitalisée après un accident de voiture dont elle ignore qu’il a tué sa mère, fait preuve d’un débordement paradoxal de bonne humeur et passe son temps à chanter poétiquement au sein de l’hôpital, espérant sans doute remonter le moral de chacun, et le sien en particulier. Une autre petite fille, renversée par un autobus et gravement blessée à la main et l’avant-bras doit subir plusieurs interventions aux seuls frais de son père et de son grand père. Une grande solidarité baigne les victimes de ces accidents de la vie et il semble que le propos de la cinéaste - à distance de toute critique explicite du régime- soit de montrer les multiples difficultés concrètes dans lesquelles se débattent les patients de cet « hôpital du peuple »-, difficultés financières en particulier puisque la couverture sociale des soins parait rudimentaire. Le film, qui s’achève sur d’apaisants exercices de Taï Chi Chuan, fait place chemin faisant à des scènes comiques comme cette démonstration de gymnastique désarticulée d’un kinésithérapeute tout en muscles et en os que l’on verra remettre en place quasi miraculeusement les os fracturés et les luxations, ou à la bruyante mise en cause d’une soignante par une patiente. Au-delà de ses aspects anecdotiques, ce film véritablement ethnographique permet au spectateur européen une plongée dans la réalité de la traversée de la maladie par le patient chinois de base, souvent venu de très loin pour bénéficier des soins d’un grand hôpital urbain, et affronté aux questionnements existentiels comme aux préoccupations matérielles.

Jean-Michel Zucker

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