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Fiche technique :
Réalisation et scénario : Gustave Kervern et Benoît Delépine - Image : Hughes Poulain - Montage : Stephane Elmadjan - Musique : Hugo Friedhofer - Distribution France : Ad Vitam.

Avec :
Blanche Gardin (Marie Dehoux), Denis Podalydès (Bertrand Pitorin), Corinne Masiero (Christine), Vincent Lacoste (le sextapeur), Bouli Lanners (Dieu), Benoit Podalydès (le livreur), Philippe Rebot (le feignasse), Michel Houellebecq (le suicidaire).

Effacer l'historique

Belgique, France, 2020, 106min.

Réalisation : Gustave Kervern, Benoît Delépine

Biographie :

Benoît Delépine et Gustave Kervern, débuts de journalisme puis de télévision (Groland), ont écrit et réalisé ensemble dix longs métrages, d'Aaltra (2004) à I Feel Good (2017) puis Effacer l'historique. Plusieurs ont été sélectionnés dans de grands festivals. Burlesque des situations et attention à des personnages un peu marginaux font un mélange typique de leurs comédies.

Résumé :

Dans un lotissement en province, trois voisins sont aux prises avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux : Marie, victime de chantage avec une sextape ; Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée ; Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’interne

Analyse :

Le scénario versatile nous promène, mondialisation oblige, d'une banlieue picarde à la Californie ou à l'île Maurice. Des acteurs familiers, personnages principaux mais aussi caméos, campent des êtres déboussolés, ballottés par leurs envies et leurs projets de l'instant. Christine, aimable comme une porte de prison, en veut au monde entier d'être peu appréciée. Marie, incapable de refuser une partie de jambes en l'air, est atterrée de voir qu'un inconnu peut aussi être un salaud. Et Bertrand, pour rester digne à ses propres yeux, s'enlise dans la spirale d'un surendettement ravageur...

Clin d'oeil à une actualité de même inspiration, c'est sur un rond-point que nos trois protagonistes, vêtus de leurs gilets jaunes, avaient fait connaissance et noué sympathie à la belle époque. Et comme de nos jours tout passe par Internet, c'est aux ogres du web et des réseaux asociaux qu'ils vont imputer leurs malheurs et leur souffrance. L'intervention généreuse de 'Dieu' le hacker, stylite new age venu à leur secours du sommet d'une monstrueuse éolienne techno-écologique, ne peut que les conforter dans le sentiment que tout est trucage et manipulation.

« Vous aussi, vous avez droit au meilleur ! » Ce mensonger slogan de supermarché est pris au pied de la lettre par nos pauvres petits citoyens. D'où cette galerie de portraits d'individus nourris de frustrations générant des révoltes impuissantes. La 'société' étant chose insaissable, tout ce qui peut en être le symbole, et d'abord toute forme de pouvoir, fera cible, en vain. Mais il y a peu de vrais méchants, dans ce film : même le répugnant et cynique sextapeur affiche son droit à l'extorsion avec une telle sincérité qu'elle frôle l'ingénuité... Car le mal qui ronge ce triste monde semble fait, bien sûr, d'exploitation et de mépris – mais aussi, et c'est ce qui rapproche le plus nos héros gobe-bobards, d'une accablante stupidité

Avec ses situations absurdes, ses comportements cocasses, son bouillonnement d'émotions qui animent le scénario, Effacer l'historique est bien une comédie, mais elle n'est pas drôle. Peut-être contient-elle trop de traits trop vrais.

Jacques Vercueil

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