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10 h – Ouverture par Simone Clergue : Salutations, remerciements aux participants de leur présence et tout particulièrement de Monique et Frédéric Laville (Toulouse) et Joëlle Meffre (Marseille) qui nous a porté le matériel et accepté d'assurer la partie technique de notre week-end.
INTRODUCTION AUX JOURNEES – Arielle Domon
Notre fibre pro-filienne s'est portée sur deux titres emblématiques de ces journées et ce fut le point de départ de notre réflexion : ni pro- ni anti-missionnaire mais une volonté d'analyse globale de ce qu'est un film :
A travers deux films : Tambien la lluvia (Même la pluie) de l'Espagnole Iciar Bollain, datant de 2011 et «Le Grand blanc de Lambaréné» du Camerounais Bassek Ba Kobhio, de 1995, nous vous proposons de confronter ce qui fait l'intérêt de nos rencontres : l'aspect technique d'un film et l'impact critique de deux regards cinématographiques sur une thématique commune. A nous de décliner les pistes qui en découlent, avec toute la richesse de nos points de vue de cinéphiles.
Vous allez donc regarder ces deux films avec une attention toute pro-filienne, guidés ensuite par nos animateurs pour chacun des deux puis je reviendrai devant vous. Nous essaierons de croiser nos impressions en dégageant des comparaisons et des différences de ces deux moments d'analyse.
PRÉSENTATION DU FILM TAMBIEN LA LLUVIA - Hélène Lassale
Le scénariste Paul Laverty. Transformer l'écran en un lieu de prise de conscience c'est le credo de ce scénariste et complice de Ken Loach. Dans “Tambien la lluvia”, l'ancien avocat met sa plume au service d'Iciar Bollain, sa compagne, dans une histoire où précisément cinéma et engagement se questionnent.
Palme d'or et neuf scénarios pour Ken Loach, Paul Laverty est un scénariste reconnu et apprécié. Né à Calensta d'un père écossais et d'une mère irlandaise, son intérêt pour les questions sociales l'a amené à travailler pour une organisation humanitaire au Nicaragua. Il anime une association des droits de l'homme.
Il réalise 9 scénarios pour Ken Loach dont Le Vent se lève, palme d'or au Festival de Cannes en 2008.
Note de la réalisatrice à propos de Tambien la LLuvia:
Une nouvelle version a vu le jour, elle mettait en parallèle l'exploitation et la résistance des indiens au 16ème siècle et la situation aujourd'hui en Amérique latine….
Les participants se sont répartis en deux groupes s'intéressant :
Lors de la mise en commun, chaque groupe a soumis ses réflexions
LES THEMATIQUES
Animation : Jean Domon et Simone Clergue (Ils ont proposé quelques questions aux participants avant la projection du film)
1 – Entre la colonisation du XVIe siècle et l'exploitation des indigènes, peut-on parler d'une répétition de l'histoire ?
On assiste encore à l'exploitation des ressources de la population locale (au XVIe l'or, dans les années 2000 l'eau). Mais la guerre de l'eau qui s'est déroulée en 2000 à Cochabamba en Colombie s'est heureusement soldée par la victoire des insurgés contre les autorités qui avaient livré cette ressource essentielle à des multinationales.
Il y a toujours incompréhension et mépris de la culture et de la civilisation locales par les étrangers, que ce soit Christophe Colomb ou l'équipe venue tourner un film historique sur la colonisation :
2 – Comment se comportent et évoluent les différents personnages ?
a) Sebastian, le réalisateur du film, est vu comme un artiste, à l'aise au niveau des concepts mais mal à l'aise face à la réalité des évènements dramatiques qui se déroulent au même moment ; il veut aller jusqu'au bout de son rêve, la réalisation de son œuvre (emprise de la création cinématographique).
b) Costa, le producteur, est un homme d'action. Mais il évolue de l'aspect financier du début du film à une prise de conscience au contact de Daniel. Son implication dans les évènements pour sauver Belem la fille de Daniel serait-elle son rachat ?
c) Daniel, l'acteur principal, joue le rôle de Hatuey chef des Taïnos mort sur le bûcher au XVIe siècle et de Oscar Oliveira meneur de la révolte de l'eau qui a su faire reculer les multinationales. C'est la figure du révolutionnaire mais aussi d'une humanité, attentif au respect de sa culture.
d) Maria, l'assistante de plateau est aussi la révélatrice des caractères des personnages principaux par le fait qu'elle tient la caméra et les interroge.
e) Anton, acteur, interprète Christophe Colomb et incarne le paradoxe de l'acteur personnage/personne. C'est un humaniste, ravagé par sa situation familiale mais qui s'intéresse aux figurants et la difficulté de leur situation et qui sera le seul à rester aux côtés de Sebastian à la fin du film.
f) Alberto (Bartolome de Las Casas) et Juan (Antonio de Montesinos), acteurs pleins d'idéalisme dans le film où ils prennent la défense des indiens mais dans la réalité ne pensent qu'à se sauver loin des émeutes.
LA TECHNIQUE
Animation : Hélène Lassale secondée par Marie-Claude Guillemot
1 - Que pensez-vous du scenario de ce film ?
D'un premier regard apparaissent plusieurs scenarii.
2 - Pourquoi ce titre ? Que peut-on en déduire pour la construction d'un scénario unique ? Quel est le fil conducteur ? Quel est le personnage principal ?
Tambièn la lluvia est une partie de phrase du premier discours de Daniel, le personnage principal, pour appeler à la révolte les habitants de Cochabamba, contre la privatisation de l'eau.
Le fil rouge est l'eau ; elle est présente dans les films A,B,C,D.
3 - Quel est le type de récit ? Historique ? Epique ? Romanesque ? Psychologique ?
Le groupe, après discussion, a choisi le récit épique.
4 - En combien de parties ou actes est composé ce film, sachant que son fil rouge est l'eau, son personnage principal Daniel ?
La structure dramatique d'un scénario repose sur celle du théatre de la Grèce Antique et elle est constituée de trois actes :
5 - Comment s'enchaînent les actes, le passage d'un acte à l'autre : quel montage ? quels types de plans ? quel type d'image pour chacune des transitions ? quelles phrases clés à chaque transition ?
Conclusion :
Les trois actes du film Même la pluie s'enchaînent de la manière suivante :
A chacune de ces charnières entre les trois actes (et même au sommet du film) il y a passage d'une scène de répétition du film B à une scène du film C. On passe d'un type classique de grands plans séquences à un tournage de type reportage, caméra à l'épaule ; cela permet au spectateur de se repérer dans cette construction en abyme.
Autre repère : La dernière image de l'acte 1 est un gros plan sur Sebastian ; même chose au milieu du film et lors du passage de l'acte 2 à l'acte 3.
Nous avons revisionné chacun de ces passages clés du film.
Non seulement le scénario nous apparaît très cohérent mais les différentes manières de filmer le passage des différents actes en cut permettent au spectateur de n'être jamais perdu dans cette construction en abyme.
Nous terminons par cette note de la réalisatrice :
SOIRÉE DÉTENTE
Le film Les caprices d'un fleuve de Bernard Giraudeau (1995), en nous faisant changer de continent, nous permet la transition entre les deux journées.
MOMENT DE RECUEILLEMENT sous la conduite d'Anne Catherine Terme
Lecture de la Bible, Jean 13/31 à 35 :
chants, Notre Père et bénédiction
JOURNÉE AUTOUR DU FILM LE GRAND BLANC DE LAMBARÉNÉ Animation par Marie-Christine Griffon et Jacques Agulhon
Ils nous proposent plusieurs questions pour aider notre réflexion :
En guise d'introduction, quelques mots sur le réalisateur Bassek Ba Kobhio, né en 1957 au Cameroun, de parents instituteurs. Très tôt, il se passionne pour le cinéma et la littérature. Il s'oriente à l'Université de Yaoundé vers les sciences sociales tout en montant des pièces de théâtre et en participant à une émission littéraire sur Radio Cameroun. Il s'intéresse aussi au cinéma et tourne en 1987 un film sur lequel il est le premier assistant de Claire Denis. Suivent quelques documentaires, préludes à un premier long métrage Sango Malo (1991) qui le fait remarquer à Cannes (Un Certain Regard). Ce n'est donc pas à un débutant que l'on doit “Le grand blanc de Lambaréné”. Il n'est sans doute pas sans intérêt que cette biographie d'un prix Nobel de la Paix, longtemps immergé au cœur de l'Afrique, ait été le fait d'un africain même ; de quoi nourrir ce qui pourra en être dit, en bien ou en mal...
Le film retrace l’épopée africaine d'Albert Schweitzer qui se dévoua au Gabon, dès 1913, pour soigner bénévolement la population locale dans un hôpital qu'il construisit en pleine brousse, près de l'Ogooué, à Lambaréné. Cet être d'exception, à la fois philosophe et théologien de haut niveau, musicien et organiste hors pair, avait répondu à un ‘appel’, au début du siècle, qui le conduisit à entreprendre des études de médecine pour mener à bien son projet humanitaire. Le film ne concerne que la période de 1944 à la mort du docteur en 1965. Entretemps, le Gabon avait obtenu son indépendance en 1960.
Deux visions d'Albert Schweitzer s'affrontent dans le film.
Ainsi en témoignent les remarques suivantes :
Le jeune Koumba s'est vu vertement rabroué, lorsqu'il exprime le désir d'être un jour médecin : “Vous, africains, êtes faits pour la terre ou le bois”.
Pourtant, Koumba deviendra un jour et médecin et député...
Koumba refuse de se faire traiter de primitif et d'indigène et lorsqu'il réunit le personnel de l'hôpital, il déclare :
Quant aux blancs qui pratiquent le commerce, ils sont avinés, libidineux et brutaux, à l'image du patron de la factorerie. . et la ‘mère patrie’ est propice aux pantalonnades.
Le soldat Mikendi qui revient de la guerre (14-18 en France) :
Il va d'ailleurs chercher les africains qui travaillent à l'hôpital et à la factorerie :
Tout se passe comme si Albert Schweitzer était passé à côté de l'Afrique, et réciproquement :
A la fin du film, lors de la dernière nuit de Schweitzer, Lisa, la gabonaise, met le médecin devant une réalité. Schweitzer est un homme pris dans ses convictions qui n'a pas voulu apprendre la langue du pays, qui a refusé la musique africaine.
La rencontre entre la culture africaine et la culture européenne ne s'est pas faite, mais l'oeuvre caritative d'Albert Schweitzer demeure indiscutée.
CONCLUSION DES SÉANCES DE TRAVAIL par Arielle Domon
COMPARAISONS ET DIFFERENCES
1. Les deux écoles cinématographiques :
a) Le film ‘occidental’ (Tambien la lluvia) : avec une production et une distribution France, Espagne, Mexique, ce n'est pas la superproduction américaine mais il y a de gros moyens (financiers et techniques) grâce au nom de la réalisatrice, connue et bien soutenue par ses pairs (Ken Loach et son scénariste).
b) Le film ‘africain’ (Le Grand Blanc de Lambaréné) :
- d'abord une petite présentation de l'économie du cinéma africain : en Afrique, la production et la diffusion des films sont peu développées. L'Afrique a connu le Cinéma avec la colonisation mais les films africains existent depuis les années 70 (1963 pour le précurseur qu'était Sembene Ousmane, au Sénégal). Il y a des cinéastes gouvernementaux et des cinéastes qui s'appuient sur des structures occidentales pour les financer. Par exemple le Ministère français de la Coopération aidait les jeunes cinéastes africains à terminer leur film en échange de 25 copies destinées aux Centres culturels français en Afrique. Ici c'est l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, située à Paris, qui
Est-ce que cette caution conditionne le message du récit ? Le politiquement correct doit-il correspondre à une censure inavouée ?
La particularité du cinéma africain c'est que la technique (pellicule, matériel de tournage, laboratoire et techniciens) il faut venir la chercher en France et donc le cinéaste travaille sans voir les rushes, sans voir les défauts et sans pouvoir retourner les scènes en cas de pépin, bref il travaille sans filet et vient finaliser le tout à Paris. Ces conditions précaires font que le produit n'est pas forcément de bonne qualité.
Il y a quand même une évolution sociale qui voit apparaître une certaine indépendance du cinéma : des réalisateurs tels que Bassek ba Kobhio deviennent aussi producteurs et c'est ainsi qu'il a créé sa société Les Films Terre Africaine en 1994.
2. La mise en image d'un pays colonisé :
3. La sensibilité d'un réalisateur sur deux thèmes liés : la colonisation et l'évangélisation
Dans les deux cas les personnages ont une dimension mythique : comment ces représentations ont modifié (ou pas) votre perception ou l'idée que vous vous en faisiez ?
Avis divers et contrastés, mais toujours critiques !
En conclusion j'ai relevé deux phrases qui se ressemblent dans chaque film et qui prêtent à méditer sur le rôle de notre religion chrétienne dans la colonisation :
Dans Même la pluie Daniel/Hatuey dit aux conquistadors : EVALUATION DU WEEK-END PAR LES PARTICIPANTS
Appréciations, critiques sur le fond, la forme mais aussi les conditions d'hébergement. Puis départ. Unanime satisfaction d'avoir, grâce à l'animation de l'ensemble, vécu un week-end agréable et détendu.
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