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Le 'samedi de Pro-Fil' de Marseille s'est tenu le 15 novembre 2014, devant vingt membres du groupe et la présence de Simone Clergue de Montpellier.
La matinée a été occupée par une réflexion sur l'adaptation d'une œuvre littéraire au cinéma. Joëlle Meffre a choisi Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig de 1922, portée au cinéma par Max Ophuls en 1948, pendant sa période américaine.
On connaît l'histoire: Le jour de ses quarante et un ans, R.. un romancier à la mode reçoit la lettre d'une inconnue. Il découvre alors que celle-ci lui a voué toute sa vie un amour sans limites.Elle revient sur ses différentes rencontres avec lui, depuis le jour où celui-ci s'installa à côté de chez elle et où elle tomba follement amoureuse de lui, sans que jamais au cours de leurs rencontres successives il ne la reconnût. Sa vie sera alors tragiquement liée à celle du romancier.
La nouvelle de Stefan Zweig a été adaptée par le scénariste américain Howard Koch, récompensé précédemment pour le scénario du célèbre Casablanca de Michael Curtiz en 1942.
La réflexion sur les liens entre la littérature et le cinéma n'est pas nouvelle et il faut remarquer que le dispositif choisi par Joëlle Meffre est particulièrement ingénieux et va de l'œuvre écrite au film. Dans l'obscurité de la salle, des extraits de la nouvelle de Stefan Zweig, enregistrée sur CD, et admirablement lus par la comédienne Claude Bermann sont immédiatement suivis de la projection de leur adaptation à l'écran. Le procédé est renouvelé plusieurs fois puis la discussion s'ouvre entre les spectateurs et se révèle très riche. La proximité dans le temps entre le texte écouté dans le noir et le film vu est telle que le spectateur perçoit clairement la conduite du récit, la finesse psychologique de l'écrivain et voit aussitôt les choix du cinéaste pour créer une expression visuelle, les omissions de certains passages, la présence des décors, les difficultés rencontrées dans le passage de l'écrit à l'image, les inventions narratives qui font du film une œuvre inspirée de l'écrit mais parfaitement autonome et de qualité.
L'écrivain nous parle d'automobiles et de la grippe qui a tué le fils de l'héroïne. Max Ophuls ne nous montre que des fiacres et l'on apprend que l'enfant de l'héroïne est mort du typhus. Sans doute le cinéaste voulant placer l'action dans la Vienne d'avant la guerre de 14-18, a refusé l'utilisation des automobiles et a évité d'évoquer la célèbre grippe espagnole, qui a fait tant de victimes en 1918.
Dans le film, le romancier à la mode est devenu pianiste, ce qui nous donne une scène de déménagement spectaculaire et installe ensuite entre le musicien à l'étage et la jeune fille qui l'écoute dans la cour de l'immeuble un lien sonore. Le son du piano devient un personnage qui s'échappe par la fenêtre et rejoint l'héroïne amoureuse.
Dans la nouvelle, l'héroïne passe beaucoup de son temps à attendre l'homme dont elle est amoureuse. Elle l'attend dans la rue, l'attend sur le palier commun à leurs appartements du premier étage. Ces passages très intégrés au fil du récit chez Stefan Zweig deviennent avec Max Ophuls de véritables moments obsessionnels tant par leur durée que par leur répétition, focalisés sur l'escalier de l'immeuble,qui est filmé sous tous les angles possibles, à des moments où ne passe personne, où passe le pianiste attendu, mais accompagné d'une autre femme, où l'héroïne passe seule, ou avec lui, par où elle s'enfuit, seule. Autant de séquences remarquables où l'objet escalier est le lieu où se vit la folie amoureuse.
Entre autres soucis, le cinéaste a dû résoudre le problème du temps et de l'âge des personnages. L'héroïne rencontre le romancier à treize ans et meurt à la trentaine. A la lecture, à l'audition du texte, cela passe normalement et ne dérange pas ; chacun imagine à sa façon l'adolescente puis la jeune fille et la femme épanouie, tandis que le film personnalise les corps, et que les gros plans détaillent les traits des héros. Si pour le pianiste, le maquillage permet à Louis Jourdan de vieillir facilement de quinze ans, il était plus difficile de nous faire croire que c'est bien Joan Fontaine – qui avait trente ans au moment du tournage – qui est la gamine de treize ans, avant de devenir quelques plans plus loin la femme épanouie. Le pari est réussi grâce au talent de l'actrice, à la coupe des vêtements, aux éclairages et aux angles de prises de vue.
La nouvelle et le film Lettre d'une inconnue, admirablement présentés en parallèle, n'ont pas livré toutes leurs richesses mais les extraits entendus et vus pendant la matinée du 'samedi de Pro-Fil'ont donné à tous le désir de redécouvrir les deux œuvres.
L'après-midi du 'samedi de Pro-Fil'fut occupée par la présentation d'une sélection de montages réalisés depuis des années par le groupe de Marseille pour les 'Nuits de l'éthique' qui se déroulent au Parvis des Arts, le théâtre qui accueille les réunions mensuelles du groupe. Cette manifestation annuelle débute en soirée et se prolonge jusqu'au milieu de la nuit, divisée en plusieurs 'veilles' interrompues par des moments de repas et de repos. De courtes interventions (15 à 20 minutes maximum) de penseurs et artistes se succèdent, utilisant des domaines de connaissances aussi divers que la philosophie, la littérature, la psychanalyse, l'histoire des religions, la musique, la poésie, le cinéma... au service d'un sujet imposé, différent chaque année. La 'Nuit de l'éthique' ayant lieu le plus souvent pendant le festival de Cannes, peu de Marseillais avaient pu voir les montages. Paulette Queyroy et Nicole Vercueil ont présenté ce florilège cinématographique au nom de tous les membres de Pro-Fil de Marseille qui ont participé à sa réalisation depuis le début. Elles ont également animé la discussion qui a accompagné la projection.
( Olivier Abel Ethique, passion et sagesse 2008 )
Relations homme/femme
Comment le cinéma rend compte de nos ambiguïtés
( préparation pour une Nuit qui n'a finalement pas eu lieu )
André Lansel
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