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© Florent Sabatier
Vu de Pro-Fil : Bonjour Nicolas. Peux-tu dans un premier temps nous parler de ton parcours artistique ?
Nicolas Bary : J’ai eu une formation musicale classique dans l’enfance, avec des parents instrumentistes. C'est quelque chose qui m'a toujours servi plus tard, dans mon travail visuel et dans mon approche de la mise en scène en général. Après le bac, j’ai fait une école de cinéma, l'ESRA, et dès la première année, j'ai commencé à travailler en stage sur des tournages, en régie et en assistanat à la réalisation notamment. J’ai été par exemple sur Le petit Poucet d’Olivier Dahan mais aussi Narco de Gilles Lellouche et Tristan Aurouet, ou encore Pas sur la bouche d’Alain Resnais et Da Vinci Code de Ron Howard. En parallèle, j’ai continué à faire des courts-métrages que j’ai professionnalisé au fur et à mesure de mes rencontres. J’ai réalisé un court-métrage Fragile avec Jean Claude Dreyfus puis ensuite Before, qui était le teaser des Enfants de Timpelbach, mon premier long-métrage. J’ai réalisé ensuite Judas, un court-métrage avec Jean-Pierre Cassel. Après Les enfants de Timpelbach que j’ai tourné à 26 ans, j’ai réalisé deux adaptations : Au Bonheur des Ogres puis Le Petit Spirou. J’ai aussi mis en scène une vingtaine de publicités, une quinzaine de clips et travaillé comme scénariste sur des bandes dessinés.
VdP : Comment ton expérience d’assistant réalisateur a influencé ton approche de réalisateur par la suite ?
NB : J’ai pu apprendre des méthodologies différentes en fonction des tailles de films. J’avais le souhait principalement de travailler sur des films qui avaient une ambition qui correspondait à ce que je voulais faire en tant que réalisateur. C’est pour cela que des films comme Blueberry de Jan Kounen m’ont permis d’apprendre comment se passaient les choses en studio, en étant très proches du terrain. Ayant testé un peu tous les postes, j’ai pu apprendre de façon empirique. J’aimais bien l’alternance entre être le leader des projets que je produisais et réalisais, mais aussi d’être sur des films où j’étais le petit de la bande.
VdP : Ton univers est relativement tourné vers le monde de l’enfance, que ce soit par exemple pour le film Les Enfants de Timpelbach ou même encore l’adaptation cinématographique du Petit Spirou. Tu peux nous parler de cet univers et nous expliquer pourquoi ce monde t’attire autant au cinéma.
NB : J’ai vraiment été bercé par le cinéma de Spielberg et les films qu’il a produit : un cinéma que je qualifierai d’onirique. Je me suis aussi beaucoup immergé dans l'univers du jeu de rôle, en lisant également beaucoup de bandes dessinées. J’aime les choses qui gravitent dans le monde de l’imaginaire. J’ai aussi voulu mettre en images des univers qui m’avaient bercé lorsque j’étais plus jeune, ce qui est le cas des Enfants de Timpelbach que j'avais lu quand j'avais 9 ans. Et j’ai connu le monde du Petit Spirou lorsque j'étais adolescent. C'est pour cela que je continue à construire aujourd’hui des univers en créant des bandes dessinées.
VdP : Tu as réalisé des courts-métrages, des longs-métrages mais aussi des clips et des documentaires. Abordes-tu de la même manière tous ces projets, malgré le fait qu’ils aient un format différent ?
NB : Je dirais que le point commun de tous mes projets serait dans le souhait d’éviter le naturalisme. J'aime que les choses soient stylisées. Par exemple sur Bardot, nous avons tout un univers graphique. Je travaille par exemple toujours avec des artistes sur les univers des génériques de nos projets. J'aime aussi travailler sur des bandes sons avec des thèmes qui peuvent être très sensibles tout en donnant de l'envergure pour apporter une vraie dimension cinématographique. À tous les étages, j'aime créer une expérience qui soit entre un univers d'auteur d'un côté et celui du divertissement de l'autre. J'essaie d'être à une croisée des chemins.
VdP : Tu as aussi été producteur, notamment du très beau Une sirène à Paris de Mathias Malzieu et aussi récemment du documentaire sur Brigitte Bardot. Peux-tu nous expliquer un peu plus précisément ton rôle de producteur sur ces projets.
NB : Je suis producteur artistique, c’est à dire que je suis impliqué vraiment dès le développement mais aussi sur la constitution de l'équipe et de la direction artistique musique et image. J’aime car je considère qu’on ne porte pas les projets de la même façon quand on est producteur ou réalisateur. Je dirais que réalisateur, c’est vraiment comme un accouchement alors que quand on est producteur, on est un peu accoucheur quelque part. Donc on est un accompagnant : ça dépend des étapes. À des moments, on challenge, à d’autres on est force de propositions. Je trouve que c'est assez complémentaire comme position et j'aime bien pouvoir alterner entre les projets.
VdP : Tu as également réalisé beaucoup de clips. Comment accompagnes-tu ce type de projets ?
NB : C’est très naturel pour moi d'aller vers le clip parce que la musique a toujours été une source principale d’inspiration. Dès que je travaille sur un scénario, avant même d'avoir écrit l’histoire, je commence à faire des playlists de musiques qui m’inspirent, pour essayer de constituer l'univers musical. Par exemple le compositeur avec qui j'ai travaillé sur Bardot a même écrit des thèmes avant même qu'on ait commencé le montage. J’aime que la musique arrive très tôt dans le processus de création. Donc créer autour d’une musique m'inspire beaucoup en réfléchissant à ce que je peux ressentir. Après, le clip n’est pas toujours un exercice facile parce qu'il n'y a pas forcément des budgets confortables. Mais cela invite à être malin pour trouver comment construire quelque chose de créatif qui soit au service des artistes, tout en étant dans l’économie. Cela m'a appris de façon complémentaire aux expériences des courts-métrages qui étaient plutôt des projets avec une production importante : il y avait du studio, des effets spéciaux, beaucoup de corps de métier, tandis que le clip nécessite souvent une approche plus radicale. Par exemple, j'ai fait un clip pour le groupe Madame Monsieur que l’on a tourné dans l'Aveyron sous la neige. Nous sommes partis en équipe réduite pendant 3 jours de tournage, laissant place à beaucoup d’improvisation. J'aime ce côté dans l'énergie assez instinctive. De fait je prépare différemment : les découpages narratifs sont beaucoup plus précis en général pour un film, alors que pour un clip, cela quelque chose de plus instinctif et assez sensoriel, avec une histoire qui n'est pas forcément complètement définie. Cela devient une évocation et un climat. Grâce à la musique classique, j'ai appris à me raconter des histoires sur des choses qui n’étaient qu’instrumentales. C’est cela que j'ai aimé dans Fantasia que j’avais vu au cinéma enfant : c'est vraiment un univers qui a été fait sur des musiques existantes. Donc on est complètement porté. Fantasia est comme un clip sur des musiques classiques ! Cela m'a beaucoup inspiré pour la suite.
VdP : J'ai lu aussi que tu développais des projets autour de la réalité virtuelle. C'est un peu l’avenir. Est-ce que c'est toujours d'actualité ?
NB : C'est un peu la cerise sur le gâteau. J’ai commencé à développer un projet de spectacle immersif. Pour l’instant, il n'est pas encore complètement financé. C'est passionnant de développer un mix entre du jeu de rôle, des comédiens, du théâtre, de la réalité augmentée et de l'escape game. C’est un univers que je développe sur plusieurs formats en même temps. J'essaie toujours de faire des passerelles lorsque je travaille sur un univers. Je fais au minimum deux choses : soit BD et film en parallèle sur le même sujet, soit documentaire et film. Ce sont des passerelles qui sont pour moi maintenant assez naturelles.
VdP : Quels sont tes autres projets à venir du coup ?
NB : J’ai une palette de projets ! En BD, j’en ai une douzaine. Et puis là j'ai plusieurs projets de films en financement. Nous sommes dans une période assez difficile pour le cinéma et je trouve que c'est important d'avoir plusieurs cassolettes qui rissolent sur le feux !
VdP : C'est plutôt dans quel univers cinématographique du coup ?
NB : En tant que réalisateur, j’ai envie d'aller vers le thriller, l’anticipation et la science-fiction. À plus court terme, j'ai un projet qui est en train d'éclore sur les sumos. Cela fait longtemps que je travaille dessus. Nous allons faire une exposition sur des photos de sumos qui ont été faites à Tokyo l’année dernière et nous allons exposer à la maison de la culture du Japon. On fait aussi une BD en parallèle et j'ai déjà développé un scénario de film sur le sujet…
VdP : Oui donc, à chaque fois tu continues à faire des passerelles des passerelles entre tous tes projets. En tout cas, merci Nicolas pour cet interview et à bientôt.
NB : Merci Maxime. À bientôt !
Maxime Pouyanne
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