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Interview du réalisateur Dominique Filhol

Maxime Pouyanne :

Dominique Filhol, je suis ravi de te retrouver quelques années après nos années sur les bancs de l'ESRA, notre ancienne école de cinéma parisienne. Est-ce que tu peux tout d'abord nous parler un petit peu de ton parcours depuis l'ESRA ?

Dominique Filhol :

Quand j'ai terminé l'ESRA à New York, j'ai rapidement monté une société de production pour faire dans un premier temps des films institutionnels. Ensuite, on a produit et réalisé un documentaire avec des copains de l'ESRA, Antoine Espagne et William Duchesne, sur la montagne de Bugarach et ses légendes, pour la chaîne Planète. Ensuite, j'ai fait de la publicité pour divers marques comme Huawei et récemment, j'ai fait American Express. J'ai fait plusieurs documentaires pour la télévision, dont deux sur le sujet des OVNIs, qui s'appelle « OVNIs, une affaire d'État », pour Canal+, et « Le Bureau des OVNIs », toujours pour Canal+. « Valensole 1965 » est mon premier long-métrage que j'ai également produit et qui est coproduit par Virginie Films et Sweet Dreams Films, avec Steve René, Daryl Lee Hall et Ning Ning. Et ma coproductrice, c'est Virginie Lacombe, qui est la petite nièce de Maurice Masse, le principal protagoniste de mon film, en fait.

MP : Justement, comment est venue l'idée du film et la genèse du film ? Comment tu es arrivé à rencontrer cette personne ?

DF : J'ai fait une école de cinéma, donc j'ai toujours voulu faire du cinéma. Après c'est un processus long et compliqué de faire un premier film. Et quand je suis allé à Valensole pour mon documentaire « OVNIs, une affaire d'État », j'ai découvert le village de Valensole, son histoire et les gens qui ont été impliqués de près dans cette affaire, des gens qui étaient là à l'époque où il y avait les traces sur le sol, qui vraiment ont vécu l'histoire de plein fouet. Et j'ai été très touché par les témoignages qu'on m'a racontés, par les émotions que ça suscitait encore aujourd'hui dans le village de Valensole, entre ceux qui y croient et ceux qui n'y croient pas. sachant que j'étais quand même plus intéressé par ceux qui y croyaient et savoir pourquoi ils y croyaient. Et quand j'ai vu aussi la beauté des paysages, des champs de lavande, cette ambiance provençale, etc. J'avais très très envie de faire un film un peu fantastique sur une histoire vraie en fait. C'est ça qui me plaisait, c'était de faire une histoire vraie extraordinaire. Un film d'hiver extraordinaire et ça n'avait été jamais fait.

MP : Et du coup, tu parlais de justement quand tu as été à Valensole, mais concernant les lieux de tournage, est-ce que vous avez tourné dans le vrai village de Valensole ou est-ce que c'est dans le coin ? Comment ça s'est passé ?

DF : Alors on a tourné beaucoup de scènes à Valensole. les champs de lavande, l'église, la gendarmerie. Mais pour la gendarmerie, on a reconstitué une ancienne gendarmerie dans une école maternelle. Ce n'était pas en studio, mais c'était bien à Valensole. On a tourné dans certaines petites rues de Valensole aussi. Après, par contre, pour tout ce qui était des scènes de place du village, on ne l'a pas fait à Valensole, on a tourné dans la Drôme. à Montbrain-les-Bains. Et pourquoi là-bas ? Parce qu'en fait, c'était très compliqué de trouver un village qui était encore dans son jus, comme dans les années 60. Et dans lequel il n'y avait pas beaucoup de travail de déco à faire, parce qu'on avait un budget quand même limité pour la décoration pour tout le film. Et du coup, on ne pouvait pas se permettre de bloquer le centre-ville de Valensole pendant plusieurs jours. de faire fermer des commerces, ça aurait été très compliqué, donc il fallait trouver le décor adéquat et au bout d'un certain temps, on a trouvé Montbrain et on a tourné là-bas.

MP : Justement, tu parles de bloquer éventuellement Valensole par rapport aux commerces et tout ça, est-ce que le village de Valensole est encore un village qui est visité beaucoup suite à cette histoire ou pas ?

DF : C'est un village qui est déjà très visité par rapport au fait que c'est le plus grand champ de lavande d'Europe, c'est le plus grand plateau d'Europe. Donc Valensole est avant tout connu pour ses champs de lavande et son petit village qui est absolument mignon comme tout. Et en effet, il y a aussi un tourisme qui est lié à cette histoire. puisque chaque année, ils font un anniversaire pour le 1er juillet. Cette année, c'est les 60 ans de l'affaire. Ils ont fait une stèle particulière pour cet événement qu'ils ont mis dans le champ où s'est passée l'histoire. En effet, ça attire beaucoup de touristes. Il y a eu certaines années où l'anniversaire de l'événement, à attirer plus de personnes que la fête de la lavande, qui est déjà un événement très touristique de la région. C'est ce que m'avait dit l'Office du tourisme à l'époque, j'étais très surpris de ça, mais en effet, ça montre bien que c'est un sujet qui intéresse et qui est toujours d'actualité parce qu'aujourd'hui, aux États-Unis, on a déclassifié des vidéos, on a appris que le Pentagone avait un programme de recherche secret et entre-temps, le Pentagone a ouvert officiellement un bureau des OVNIs. La NASA aussi a lancé un vrai programme de recherche scientifique sur le sujet. Donc on est passé, si tu veux, à mon sens, c'est sûr, d'un sujet qui était un peu lié aux théories de la conspiration et à une croyance, à un vrai sujet d'études scientifiques. Et ça, je trouve ça passionnant.

MP : C'est vrai que tu as toujours été intéressé par tous ces sujets-là, autour de tout ce qui est OVNI. Pourquoi, c'est quelque chose qui t'interpelle ? Est-ce que pour toi, tu penses que, justement, il y a une vie ailleurs ?

DF : Le sujet des OVNIs, le sujet de la vie extra-terrestre, j'ai envie juste de le distinguer un petit peu parce que OVNIs, ça veut dire Objets Volants Non-Identifiés, on les appelle PAN maintenant pour Phénomènes Aérospatiaux Non-Identifiés. Et la vie extra-terrestre, après on fait très vite le pont en général entre les deux puisque ces objets ou ces phénomènes ont des capacités qu'apparemment aucun pays n'est capable d'avoir aujourd'hui. On parle d'objets qui sont capables de faire des accélérations de plus de 100G, c'est-à-dire donc 100 fois le propre poids. Il faut savoir qu'un avion de chasse, un pilote, il se prend maximum 10-12 fois son poids. Là, ces objets font des accélérations de 100G, donc 100 fois le poids d'un pilote qui est à l'intérieur, ce qui est absolument insupportable pour un être humain. Si quelqu'un est à l'intérieur, il ne peut pas survivre à une telle accélération. Du coup, on est face à un phénomène qui est très étrange, qui est inexpliqué. Et du coup, en effet, ça pose la question de d'où vient ce phénomène ? Est-il de nature extraterrestre ? Est-ce que c'est autre chose ? Est-ce que c'est des choses auxquelles on n'a pas encore pensé ? Moi, je ne sais pas. Maintenant, c'est vrai que ce n'est pas inintéressant de se poser la question de la vie extraterrestre là-dessus, et le sujet m'intéresse pour toutes ces raisons-là, parce qu'il est mystérieux, parce qu'en même temps aujourd'hui il concerne la science, donc la science progresse sur ce sujet-là, peut-être qu'on arrivera à expliquer un jour de quoi il s'agit. Et puis si vraiment on découvre que c'est quelque chose de nature extraterrestre, ça voudrait dire que depuis le temps qu'il y a des phénomènes de ce type, finalement ils ne sont pas hostiles, parce que vu qu'ils ont une technologie largement supérieure à la nôtre, s'ils voulaient nous faire du mal, ils l'auraient fait depuis longtemps. Et je trouve que c'est vraiment un changement pour l'humanité dans son ensemble. C'est-à-dire que ça remettrait tellement de choses en question que peut-être l'humanité serait un petit peu moins idiote et un peu plus bienveillante, entre humains en tout cas déjà dans un premier temps. Je le souhaite. Je pense que c'est vraiment un sujet qui, quand il est mis sur le devant de la scène, peut vraiment fédérer des gens de différentes nations, différentes cultures, différentes croyances.

MP: Et est-ce que pour préparer le film ou tes précédents documentaires, tu as été amené à rencontrer des gens du GEIPAN ?

DF : Le GEIPAN est l'organisme officiel du CNES qui s'occupe du sujet depuis 1977. Il faut savoir qu'on a un bureau des OVNIs en France qui est chargé de récolter, si vous voyez quelque chose de bizarre dans le ciel, vous pouvez laisser votre témoignage au GEIPAN, et ça leur permet de faire une enquête, ils vont classer le cas en A, B, C ou D, sachant que D ce sont les cas vraiment les plus extraordinaires, et quand ils classent un cas en cas D, ça veut dire qu'ils ont suffisamment d'informations pour dire que là on est face à vraiment de quelque chose d'étrange qu'on ne peut pas expliquer, et ça, ça concerne 3,5% des cas qui sont reportés au GEIPAN, mais Valensole fait partie de ces cas, et c'est un cas D, donc oui j'ai travaillé évidemment avec les gens du GEIPAN dans le cadre de mes documentaires et là dans le cadre de Valensole puisque sur leur site, on peut voir les rapports de gendarmerie de l'époque, puisque les gendarmes ont enquêté sur l'affaire de Maurice Masse, vu que le GEIPAN n'existait pas encore à l'époque où a eu lieu l'affaire de Valensole, et le GEIPAN par contre a choisi de ré-enquêter, d'ouvrir une enquête a posteriori sur ce qui s'était passé là-bas, et ils l'ont mis en cas inexpliqué, en cas D.

MP : D'accord, et pour revenir un peu plus sur le côté artistique du film, concernant le casting, comment tu en es arrivé à contacter du coup Mathias Van Khache et Vahina Giocante ?

DF : Avec Vahina on se connaissait depuis plusieurs années. Nous sommes amis, et j'ai tout de suite pensé à elle pour le rôle de Jeannette. Elle lui a apporté vraiment aussi une touche personnelle, il fallait trouver un équilibre entre faire le portrait d'une femme des années 60 qui soutient son mari, mais en même temps lui donner une modernité d'une femme des années 2020, en faire une femme de 2025, tout en ne trahissant pas ce que pourrait être une femme aussi dans les années 60. Donc Vahina a vraiment participé à rendre ce personnage de Jeannette moderne, elle avait toutes les qualités pour faire ce rôle, elle est brillante et je suis très très heureux d'avoir travaillé avec elle. Par contre pour Matthias, à un moment j'ai eu du mal à trouver l'acteur principal, j'en ai parlé à Vahina, et elle a montré des photos de Matthias. Physiquement c'était exactement le type de personne que je voyais, et puis donc on a fait des essais, et puis c'est devenu très vite évident que c'était Matthias. C'est vrai que moi je trouve qu'il est complètement habité par le personnage. Il y a la folie qui s'empare de lui, on ne sait plus, même lui en vient à douter s'il a vu ça. Le spectateur se pose des questions, et pourtant il n'en démord pas sur ce qu'il a vu.

MP : Justement comment a t il préparé son personnage? Est-ce que toi tu l'as aidé à ça ou comment ça s'est passé en fait ? Car je trouve qu'il y a une évolution dans son personnage qui est très très intéressante dans le film, et ça reste un père de famille, mais ça reste quelqu'un qui s'accroche à ses convictions, et du coup je trouve que c'est très très fort.

DF : Alors ce qui a été important pour moi dans un premier temps pour Mathias, c'était qu'il rencontre la fille de Maurice Masse. Maurice Masse est décédé en 2004, donc j'aurais adoré qu'il rencontre Maurice, mais en même temps lui il ne voulait plus parler de cette histoire très vite, il ne voulait plus parler aux journalistes, il ne voulait plus parler à personne. Il parlait juste à certains scientifiques, ufologues, mais sa parole était extrêmement rare. Donc Matthias a pu rencontrer la fille de Maurice, qui a accepté de rencontrer Matthias. Elle lui a parlé de son père, de comment il était, de ce qui lui était arrivé. Matthias lui a posé beaucoup de questions et c'était important pour moi qu'il y ait cette rencontre entre les deux. Il a également passé pas mal de temps à Valensole pour s'incarner dans cette solitude. Il ne voulait pas être hébergé où était tout le reste de l'équipe, donc il était hébergé à part. Il se mettait souvent à l'écart, il a passé du temps dans le village aussi, tout seul pour travailler son accent, pour entendre comment les gens parlaient autour de lui, et puis on avait de la chance, qu'il tournait déjà dans le sud, donc ça a dû l'aider à s'imprégner de l'ambiance du sud et de la Provence.

MP: C'est vrai que pour avoir déjà vu plusieurs fois au cinéma les deux, c'est vrai qu'ils ont vraiment pris un accent, qui fait vraiment penser à MauricePagnol. J'ai lu beaucoup de critiques justement, où les gens faisaient référence à Pagnol. Est-ce que c'est une de tes influences ou pas du tout ?

DF : Pagnol n'a pas été une influence directe, mais en fait dès qu'on parle de la Provence, le nom de Pagnol ressort tout de suite. J'ai en effet regardé quelques films de Pagnol, mais l'idée n'était pas du tout de faire du Pagnol. Mais si vous filmez une place de petit village, avec tout le charme qu'elle peut avoir, et ses habitants avec leur accent chantant, vous êtes dans un film de Marcel Pagnol, donc forcément on va faire des références à ce qu'on connaît, Ce n'était donc pas une influence directe, mais j'ai un infini respect et admiration pour le travail de Marcel Pagnol.

MP : Justement pour revenir aux comédiens, est-ce qu'il y a eu beaucoup d'improvisation ou est-ce que c'était un scénario très écrit, et d'ailleurs j'ai été très ravi de retrouver notre ancien prof au générique, Édouard Blanchot, Comment s'est passée la collaboration avec lui. Et est-ce que sur le tournage tu as laissé beaucoup de place à l'impro, est-ce qu'ils t'ont aidé sur les dialogues, ou est-ce que c'est vraiment que vous deux qui avez fait ça, comment ça s'est passé ?

DF : Alors déjà avec Édouard on a écrit forcément comme quand on écrit un scénario. Il y a eu plusieurs versions du scénario, jusqu'au tournage. On a travaillé aussi avec les comédiens en amont, c'était important pour moi, je suis le co-auteur du film avec Édouard, que les comédiens soient à l'aise avec les dialogues, donc dès qu'il y avait des suggestions qui allaient dans le bon sens, moi j'écoutais les comédiens. Ça a donc été un travail collaboratif. Une fois qu'une première version du scénario était terminée, et les comédiens se sont approprié évidemment le scénario, moi ça ne me pose pas de problème s'ils ont envie de changer des mots. Pas forcément le sens, ça me pose un peu plus un problème, mais quand ils ont des suggestions qui bonifient le scénario et avec lesquelles ils se sentent plus à l'aise, on y va, Donc on n'était pas respecté au texte et au mot près, mais globalement ça a été le cas. Après ce qui est intéressant c'est que c'est vrai qu'on avait un scénario qui des fois parlait beaucoup. Puis on s'est tous accordé des fois pour créer des silences, des choses où des fois il n'y avait pas besoin d'expliquer par le texte.

MP : C'est vrai que ça je l'ai beaucoup lu aussi, et je suis d'accord avec les critiques qui ont écrit ça, ton film parfois justement se passe de mots, et je trouve que c'est encore plus fort. Il a des superbes images, et je trouve qu'avec ça vous avez réussi, à la fois avec les expressions des comédiens et avec toi la manière dont tu as réalisé ton film, ça rend très bien, et justement les films trop bavards ont tendance à se perdre, et dans le tien, les dialogues sont trop justes. Du coup, vous avez fait combien de versions du scénario ?

DF : A chaque fois qu'on changeait un mot, on faisait une version du scénario parce que sinon c'est plus le même, donc on a fait une vingtaine de versions du scénario. Mais je te dis, si je change une phrase, je change de version, et en l'occurrence on a même retravaillé le scénario jusqu'au montage, avec Julia Huteau-Mouglalis,qui est une monteuse incroyable. C'est son premier long métrage en tant que monteuse, elle a fait beaucoup d'assistanats montage avant, mais on a changé certains ordres de séquences, on a testé des choses. Et il y a même des choses qui ont été écrites, on a dû supprimer deux séquences du film, c'est pas qu'elles n'étaient pas bien, qu'elles étaient mal jouées, ou quoi que ce soit, c'est juste qu'en fait, on voyait qu'au montage ça marchait pas, ça marchait sur le papier, mais pas une fois montée. C'était un crève coeur, à chaque fois d'enlever, on n'a pas enlevé beaucoup.

MP : Il y aura peut-être deux scènes coupées dans les bonus du dvd du coup ?

DF : Peut-être, j'espère qu'on pourra les mettre dans le bonus, (19:53)

MP : Pour clôturer notre interview, quels sont tes projets à venir ?

DF : J'aimerais refaire un long métrage, j'ai un scénario qui est prêt. Il y a un livre que j'aimerais adapter également, mais je ne parlerai pas du sujet, parce que je suis un peu superstitieux, et je travaille aussi sur un projet de documentaire pour Canal+,

MP : Une fiction, une adaptation, et un documentaire, c'est vrai que c'est trois choses très différentes, mais c'est très chouette. En tout cas je souhaite une belle vie à ton film encore, il le mérite, et bonne continuation en tout cas.

DF : Merci Maxime et à bientôt...

Maxime Pouyanne

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