![]() |
PROtestants et FILmophiles |
PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain
ACCUEIL - QUI SOMMES-NOUS ? - ACTIVITES - PUBLICATIONS - GROUPES - CRITIQUES DE FILMS - RADIO - FESTIVALS
A la formule du comédien Destouches « La critique est aisée et l’art est difficile », Beaumarchais répondait dans son Mariage de Figaro « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur » . Comme il en est des autres arts, le cinéma exige, pour que l’on émette des opinions à propos de ses créations, une légitimité objective -la connaissance de son histoire et de sa grammaire, c’est à dire du langage cinématographique-, tout en étant conscient que le prisme subjectif de chacun oriente ces opinions. L’art cinématographique se déploie dans de nombreux genres qui possèdent des critères de qualité spécifiques. Pour le film d’auteur: sa place dans l’histoire du cinéma international, du cinéma de son pays, de sa propre création - tous critères voisins de ceux que l’on applique à un écrivain; pour le cinéma de divertissement: le respect des codes du genre -policier, comédie, drame, etc…-, ou leur transgression, et l’efficacité du résultat, apprécié sur les réactions du spectateur.
Pro-fil, pour sa part prétend faire le grand écart entre un regard chrétien - le contenu de solidarité, d’humanisme, de courage, de respect des différences culturelles, d’ouverture au monde contemporain - et la cinéphilie - la valorisation cinématographique formelle de ce contenu par l’écriture et le style de l’auteur. De fait un sujet généreux traité platement, sans mise en scène, sans surprise, sans transposition, ennuie. Pour l’appréciation d’un film, le prisme personnel -la subjectivité- du cinéphile joue un rôle majeur: Il s’agit de l’écho intérieur à un contenu, une forme (genre, scénario, mise en scène,…) qui est le fruit d’un parcours de vie personnel et de la sensibilité à la traduction cinématographique d’une narration et des émotions: une histoire, et la façon, baroque ou minimaliste, de la raconter. Pour comprendre l’opinion émise par le participant à une discussion sur un film il faut se poser la question: que recherche-t-il dans un film ? Ce prisme personnel diffracte sur l’écran intérieur autant de films qu’il y a de spectateurs et le réalisateur pourrait découvrir son film dans leurs propos. André Bazin distingue « Les metteurs en scène qui croient à l’image…la plastique de l’image et les ressources du montage… et ceux qui croient à la réalité ». Ne peut-on en dire autant des spectateurs, dont l’attitude critique ne sera pas la même devant un film selon qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre catégorie. Le réel même brut, sans expressionnisme de l’image ni du montage, doit cependant être quelque part transposé pour entraîner l’adhésion du spectateur à ce réel dont la seule reproduction à l’identique n’entraîne qu’ennui alors que sa mise en forme cinématographique par le cinéaste fait voir ce que l’on n’aurait pas vu tout seul.
Ces quelques remarques permettent de comprendre la diversité des réceptions d’un film débattu au cours de nos groupes Pro-Fil de même que les contradictions dans lesquelles sont pris les profiliens, dont les convictions spirituelles et humanistes sont à peu près les mêmes mais dont les repères artistiques, les références culturelles et le parcours personnel sont différents. Aussi bien quelle place chacun accorde-t-il, en regardant un film, à la surprise, au mystère, à la poésie, à l’humour ? et accepte-t-il sans réserves d’être la proie de la manipulation du metteur en scène ? C’est ainsi que l’utilisation imaginative et personnelle des moyens techniques du cinéma revêt une importance variable selon les spectateurs -dans les fictions: le scénario, la mise en scène, les éclairages, la plastique de l’image, la direction d’acteurs, les dialogues, la musique et la bande son, le montage; -dans les documentaires: le sujet, le dispositif de tournage, la relation du cinéaste aux sujets du film, le rythme, les choix du montage. Dans ces conditions il ne faut pas s’étonner que les spectateurs, lorsque que leurs codes de compréhension sont bousculés, leurs repères artistiques débordés, ou leur attention émoussée, s’érigent volontiers en juges de la longueur d’un film et des coupures qu’il conviendrait d’y faire ! Au nom de quoi en définitive: de leur propre impatience quand le film ne rencontre chez eux aucun écho intérieur. Il s’agit bien entendu d’une opinion strictement subjective dont personne ne pourra leur démontrer le mal fondé ! Faut-il alors penser qu’on puisse dire n’importe quoi sur un film et ne refléter qu’une subjectivité ? n’y-a-t-il pas de critères d’appréciation sinon de jugement ? L’ouvrage collectif Comment parler de cinéma (Ed. l’Harmattan), coordonné par le critique Jean-Max Méjean, tente de mieux appréhender l'utilité de la critique de cinéma à travers les textes de philosophes, d’écrivains, de professeurs, de psychanalystes, …et de critiques. Parler du cinéma, n’est ce pas surtout parler des images qui le constituent ? Y-a-t-il un ou des points de vue privilégiés ? ou complémentaires ? Ne faudrait-il pas aborder l’analyse d’un film à partir de ces différents points de vue ? …ce qui conduirait à plus de tolérance mutuelle !
Jean-Michel Zucker
|
Siège social, 13 rue du Docteur Louis Perrier, 34000 Montpellier Secrétariat national, 25 avenue de Lodève, 34070 Montpellier |