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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Une femme douce (Krotkaya)

(France/Lituanie/Allemagne/Pays Bas - 2017 – 2h22)

Réalisation : Sergei Loznitsa - Scénario: Sergei Loznitsa - Images : Kirill Shuvalov et Oleg Mutu - Son : Vladimir Golovnitski - Montage : Danielius Kokanauskis - Production : Ouliana Kim, Marianne Slot - Distribution France : Haut et court
Interprétation : Vasilina Makovtseva (la femme douce), Marina Klescheva (la compatissante), Lia Akhedzhakova (militante des droits de l’homme), Valeriu Andriuta, Boris Kamorzin.
Auteur :

Né en 1964 en Biélorussie (URSS), Sergei Loznitsa fait ses études à Kiev et travaille comme scientifique à l’Institut de Cybernétique, tout en étant traducteur de japonais. Après l’éclatement de l’URSS il change de voie pour le cinéma après avoir obtenu un diplôme à l’Institut de cinéma de Moscou. Au début des années 2000 il s’installe en Allemagne. Il réalise My joy (2010) et Dans la brume (2012).

Résumé :

Une femme russe reçoit, sans explication, le colis qu’elle avait envoyé à son mari incarcéré. Désemparée, elle prend le train pour se rendre sur place afin d’en savoir plus. C’est le début d'une bataille absurde contre une forteresse impénétrable. 

Analyse :



Telle le Virgile de Dante qui découvre les différents cercles de l’enfer, l’héroïne (jamais nommée) de ce road-movie, déambule en se heurtant, de scène en scène, aux rouages indifférents d’un pouvoir oppressif, bien installé jusque dans les villages de la province russe. Empruntant son titre à une nouvelle de Dostoïevski, La douce, ce long métrage captivant rappelle surtout le monde absurde décrit par Gogol ou l’univers kafkaïen. Dans le car, la femme douce rencontre des matrones venimeuses, dans le train des patriotes alcooliques, partout des policiers véreux. C’est une charge vigoureuse contre le système soviétique et post-soviétique. Sergueï Loznitsa porte sa caméra attentive sur un univers familier montrant la vie à la campagne avec ses beaux paysages et des habitants pauvres. De temps à autre surgit un geste généreux ou une marque de solidarité. La bande son, avec par exemple la chanson des tankistes ainsi que des réflexions et dialogues dérobés évoquent la guerre, les camps, l’ennemi américain et la mission de la Russie de ‘sauver le monde’. C’est un film profondément russe, composé de plans fixes, avec des scènes très fortes, comme celle, onirique, d’un banquet convoquant tous les personnages entrevus. Chacun y va alors de son couplet, dans un style stalinien, très langue de bois, pour rendre hommage au pouvoir et au peuple ! Tous les acteurs sont excellents, y compris les plus petits rôles. Une mention particulière à Vasilina Makovtseva, dont le visage intense laisse percer la souffrance, tout en maintenant son personnage en dehors de l’action, ainsi qu’à la géniale Lia Akhedzhakova en militante inénarrable d’un comité des droits de l’homme inattendu.

Françoise Wilkowski-Dehove