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Cinéma

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Retour à Montauk (Return to Montauk)

(France/Allemagne – 2017 – 1h47)

Réalisation : Volker Schlöndorff – Scénario : Colin Tolbin, V. Schlöndorff - Montage : Hervé Schneid – Photo : Jérôme Alméras – Son : Jean-Paul Mugel, Selim Azzazi – Distribution : Gaumont
Interprétation : Stellan Skarsgard (Max Zorn), Nina Hoss (Rebecca), Bronagh Gallagher (Rachel), Niels Arestrup (Walter), Suzanne Wolff (Clara)
Auteur :

Né en 1939, ce réalisateur allemand est un familier de la France (diplômé IDHEC, assistant de Malle et Resnais). Il a une filmographie considérable, avec quelques films inoubliables : Les désarrois de l’élève Törless (1966), L’honneur perdu de Katarina Blum (1975), Le tambour (Palme d’Or Cannes 1979), Le Roi des Aulnes (1996)…Son adaptation de Proust, Un amour de Swan, n’avait pas été bien reçue (un Allemand même francisé pouvait-il traduire en images le monde de Proust ?).Parmi les films plus récents, signalons : Les trois vies de Rita Vogt (2000), Diplomatie (2014).

Résumé :

Scénario inspiré d’un roman de Max Frisch. L’écrivain Max Zorn arrive à New York pour promouvoir son dernier roman, où il raconte l’échec d’une passion vécue dans cette ville il y a 17 ans. Presque par hasard ( ?), il rencontre Rebecca la femme qui a échappé à sa vie, et dont il garde un souvenir indélébile, qui le hante.

Analyse :



Le personnage de Rebecca, soudain surgie d’un passé indépassable, est incarné par l’actrice allemande Nina Hoss, révélée récemment par deux films de Christian Petzold (Barbara, Phoenix). Sa beauté étrange et fascinante sert beaucoup l’histoire de la femme insaisissable et mystérieuse, c’est à se demander si l’écrivain n’est pas victime de son imagination. En fait le roman dont il lit certaines pages est autobiographique. L’acteur danois est aussi très bien dans le rôle un peu compassé d’un auteur célèbre, qui n’a pas trop de soucis financiers. Il a sa cour d’admirateurs qui applaudit à ses phrases un peu sentencieuses, par-exemple celles dites par son père au sujet du regret que l’on garde toute sa vie d’avoir omis de faire quelque chose. Et c’est l’évocation d’une femme, une certaine Rebecca, qui du simple souvenir va être de plus en plus physiquement présente dans la vie newyorkaise de Max. Une femme qu’il a quittée il y a bien longtemps. De l’imaginaire poétique et mélancolique à la réalité prosaïque du présent, notre romancier et la femme rêvée vont retourner sur les traces du passé…et errer dans une grande demeure vide et froide, arpenter les plages désertes. Comment se retrouver, comment exprimer les mots justes, comment justifier peut-être tout ce temps perdu ? Les « retrouvailles » des deux amants ont un côté romantique et émouvant, surtout quand on les voit parler de choses relativement anodines ou marcher dans tous les sens. Le film prend alors une dimension humaine et tragique, jusqu’à l’aveu de Rebecca. Elle a aimé un homme passionnément, après la séparation d’avec Max, et elle n’est pas sortie indemne de la mort de cet homme. Fin de partie pour Max, on ne refait pas le passé. Surtout avec un fantôme…Belles séquences finales où s’affirme le style du réalisateur, en dépit d’une mise en scène classique

Dans le cinéma, que de femmes « revenues d’entre les morts « ! Rebecca, Carlotta, Madeleine (Hitchcock), Laura (Preminger),…jusqu’à la Carlotta de Desplechin ! Une belle variation sur le thème de l’amour perdu d’une femme, qui a suscité de nombreux et beaux films chez de grands réalisateurs (entre autres Wong Kar Wai, Mizoguchi, Eastwood, Losey). A quand le prochain film ? 

Alain Le Goanvic