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Cinéma

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Patients

(France, 2017, 1h50)

Réalisation : Grand Corps Malade et Mehdi Idir – Scénario : Grand Corps Malade et Fadette Drouard – Photo : Antoine Monod – Montage : Laure Gardette – Compositeur : Angelo Foley – Production : E. et N. Altmayer, JR Kallouche – Distribution : Gaumont
Interprétation : Pablo Pauly (Ben), Soufiane Guerrab (Farid), Moussa Mansaly (Toussaint), Nailia Harzoune (Samia), Frank Falise (Steeve), Yannick Renier (François), Jason Divengele (Lamine), Rabah Naït Oufella (Eddy), Dominique Blanc (Dr Challes)
Auteur :

Passionné et diplômé de sport, Fabien Marsaud atteint au basket avec ses 1m93 un niveau national. A la veille de ses 20 ans, lors d’un plongeon dans une piscine au niveau d’eau trop bas, il devient tétraplégique incomplet et récupérera après une année de rééducation qu’il racontera en 2012 dans son livre Patients. Ayant découvert le slam en 2003, il prend son nom de scène, GCM, et commence une brillante carrière poétique et musicale qu’il pratique a cappella et live. Mehdi Idir, ancien danseur hip-hop, réalisateur de clips musicaux et de documentaires participe à ce premier long métrage commun.

Résumé :

Se laver, s'habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation après un grave accident. Ses nouveaux amis - tétras, paras, etc...- sont tous, comme on dit, en situation de  handicap. Ensemble ils vont vivre leur condition de patients : résister, s’épuiser, s'engueuler, se séduire mais surtout trouver l'énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l'histoire d'une renaissance, d'un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

Analyse :



Meilleur film, prix des lycéens et prix d’interprétation masculine au festival de Sarlat, Patients est un film qui malgré les souffrances individuelles des protagonistes redonne foi en la vie et persuade le spectateur que la fraternité est peut-être la plus belle des valeurs humaines. Si on pouvait craindre un récit pesant et didactique empreint de pathos, ou à l’inverse son antidote, une facile comédie décalée en milieu hospitalier, on découvre avec bonheur qu’il n’en est rien et qu’à se dérouler en quasi totalité dans un centre de rééducation pour handicapés lourds, où selon l’auteur « tout le monde est en galère », le film conserve cependant de bout en bout une tenue, une authenticité, un humour et une saine et roborative  autodérision. Librement inspiré de l’histoire du réalisateur, il résume l’année de rééducation de Ben qui fait l’expérience d’un monde largement méconnu du public, avec, au moins au début, l'immobilité totale, les soins quotidiens, les médecins et les infirmiers dont il est entièrement dépendant. Heureusement il y a les compagnons d’infortune, plus ou moins lourdement atteints et dont les progrès sont souvent plus lents que les siens : en effet, bien qu’on lui ait annoncé qu’il resterait probablement paralysé à vie, il retrouvera peu à peu l’usage de ses jambes. Ce long chemin vécu en commun, qui n’est pas filmé caméra à l'épaule pour éviter que le film n’ait un style trop réaliste, est jalonné d’épisodes émouvants ou drôles qui ne sont pas surlignés et où chacun se hausse au-delà de lui-même pour porter secours à un camarade, sans angélisme ni caricature. Très convaincants, les acteurs, qui ont pris le temps de côtoyer des patients en rééducation, ont été guidés par le kinésithérapeute de Grand Corps Malade. Au quotidien, entre rire et larmes, Patients est une leçon de vie et d’optimisme qui nous fait également mesurer le privilège d’être bien portant.

Jean-Michel Zucker