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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Les fleurs bleues (Powidoki/ AfterLes_fleurs_bleues)

(Pologne, 2016, 1h38)

Réalisation : Andrzej Wajda - Scénario : Andrzej Mularczyk - Photographie : Paweł Edelman - Montage : Grazyna Gradon - Compositeur : Andrzej Panufnik - Son : Maria Chilarecka, Kacper Habisiak, Marcin Kasiński - Chef décorateur :
 Marek Warszewski -Production : Akson Studio, TVP-Telewizja polska - Distribution : KMBO
Interprétation : Bogusław Linda (Władysław Strzemiński), Aleksandra Justa (Katarzyna Kobro), Bronislawa Zamachowska (Nika Strzeminska), Zofia Wichlacz (Hania), Krzysztof Pieczynski (Julian Przybos), Mariusz Bonaszewski (Madejski), Szymon Bobrowski (Wlodzimierz Sokorski)
Auteur :

Palme d'or au festival de Cannes en 1981 pour L'Homme de fer et Oscar pour l'ensemble de son œuvre en 2000, Wajda est un cinéaste engagé qui a réalisé une cinquantaine de films mettant souvent en scène l'histoire contemporaine complexe de son pays. À partir des années 70, son œuvre s'inspire du patrimoine littéraire polonais ; puis, après la chute du communisme en 1989, il revient à l'histoire et termine sa carrière avec L’homme du peuple (2013), biopic de Lech Walesa, et ce film testamentaire.

Résumé :

Dans la Pologne d’après-guerre, le célèbre peintre d’avant-garde Władysław Strzemiński enseigne à l’École Nationale des Beaux Arts de Łódź. Il est vénéré par ses étudiants mais les autorités communistes ne partagent pas cet avis, car il s’entête à ne pas se conformer à l’esthétique du « réalisme socialiste ». Expulsé de l'université, rayé du syndicat des artistes, il subit, malgré le soutien de ses étudiants, l’acharnement des autorités qui veulent le faire disparaître et détruire toutes ses œuvres.

Analyse :



L'auteur consacre ce 65ème long métrage aux 4 dernières années (1948/1952)  de la vie de son peintre préféré, double amputé de la guerre de 14/18, compagnon de Kandinski et de Malevitch, et cofondateur de l’École nationale supérieure des arts plastiques de Lodz. Le refus de l’artiste de se conformer aux exigences du Parti -renonciation à l’abstraction et adoption du réalisme socialiste - lui fera vivre  une véritable descente aux enfers le réduisant à la misère puis à la mort. La surprenante séquence d’ouverture le montre enseignant en plein air à des jeunes gens éblouis sa « Théorie de la vision » basée sur l’« afterimage », la sensation  qui persiste après l’image vue. Construit sur un mode narratif classique, le film, dont le style peut sembler contraster avec l’avant-gardisme de son héros, se déroule ensuite implacablement, faisant alterner les scènes de  reprise en main de la culture par le stalinisme avec celles d'une impossible résistance organisée par les étudiants. Dans le droit fil du cinéma de l’inquiétude morale, Wajda, à travers un Strzeminski incarné par le charismatique acteur polonais Boguslaw Linda ((l’homme de fer et Danton du même auteur et Le Hasard de Kieslowski), s’intéresse avant tout à la lutte désespérée du peintre, héritier de la pensée romantique polonaise, contre son destin. Ce personnage intransigeant et austère, brûlant d’un feu intérieur, contraste avec la violence extrême du pouvoir totalitaire - l’effrayante séquence de la destruction des œuvres du peintre. La photographie et les lumières de Pawel Edelman sont admirables ; la musique, discrète mais prenante, est celle d’un autre persécuté du régime, le compositeur Andrzej Panufnik.

Jean-Michel Zucker