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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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En amont du fleuve

(Belgique - 2017 - 1h30)

Réalisation : Marion Hänsel - Marion Hänsel, co-scénariste avec Hubert Mingarelli d'après le roman de ce dernier - Image : Didier Frateur - Montage : Hélène Hubinon - Distribution France : JHR films
Interprétation : Olivier Gourmet (Homer), Sergi López (Joé), John Lynch (Sean)
Auteur :

La Belge Marion Ackerman, dite Hänsel, est marseillaise de naissance. Au cours d'une carrière de plus de  trente ans, elle fut productrice, scénariste et réalisatrice de ses douze longs métrages qui ont reçu de nombreux prix: Dust, 1983, Lion d'argent à Venise ; Li, mention du Jury  œcuménique à Cannes 1995 ; La Faille, primé à Montréal (1998) ; Si le vent soulève les sables, prix CICAE à San Sebastian 2006... Son film précédent : La tendresse (2013).

Résumé :

À bord d’un petit rafiot, Homer et Joé, la cinquantaine, remontent un fleuve vers des chutes d’eau en Croatie. Jusqu’au décès, récent, de leur père, ils ignoraient l’existence l’un de l’autre. Pourtant, ils sont demi-frères. Sean, un baroudeur irlandais énigmatique et menteur se joindra à eux..

Analyse :



"Mes films... ont toujours parlé de la filiation, de la quête de l'identité, de la mort et de la transmission". Ces mots de la réalisatrice disent l'essentiel de En amont du fleuve. Ces deux hommes massifs, taciturnes, amenés à se côtoyer pendant plusieurs jours de solitude partagée, s'observent pour se découvrir l'un l'autre, sans doute plus méfiants que curieux. Et l'énigme de la mort de leur père, le rapport très dissymétrique qu'ils ont avec ce personnage, leur fait frôler l'explosion lorsqu'ils sont confrontés à d'autres espèces de solitaires, métissés de truands, de rangers et d'ermites. Habilement, la spectatrice est amenée à partager l'ignorance de chacun des voyageurs à l'endroit de son partenaire, et si elle apprend avec retard le but de l'expédition qu’eux connaissent, c'est pour constater qu'en fait ils vont dans l'inconnu.

Il ne peut pas se passer grand’chose dans un film à deux personnages, et l'ajout fortuit d'un jeune chien à l'équipée des deux protagonistes permet à la caméra de nous distraire de temps en temps de leurs visages et de leurs dos. En dehors de cela se déroule un spectacle harmonieux de paysages de Croatie : un long canyon ennoyé, aux flancs sévères et monotones, où la surface de l'eau s'émeut à peine du sillage de la barcasse ; puis des pentes montagneuses de forêt exubérante, rochers et torrents puissants, qui conduisent les explorateurs vers le monastère au bout de leur recherche.

Tous les éléments énumérés par Marion Hänsel sont bien au rendez-vous. La confrontation des deux demi-frères est rendue efficacement par d'excellents acteurs bien choisis. Mais le rythme lent du déroulement de ce long voyage dans une sorte de brouillard mental aurait gagné, à mon goût, à être un peu plus animé. Il aurait été bon pour le spectacle d'accompagner la très bonne idée centrale de quelques autres idées accessoires.

Jacques Vercueil