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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Certaines femmes (Certain Women)

(USA – 2017 – 1h 47)

Réalisation : Kelly Reichardt - Scénario : Kelly Reichardt, d’après l’œuvre de Maile Meloy – Directeur photo : Christopher Blauvelt – Montage : Kelly Reichardt – Musique : Jeff Grace – Production : Film Science, Stage 6 Films – Distribution France : LFR Films
Interprétation : Laura Dern (Laura) – Michelle Williams (Gina) – Kristen Stewart (Beth) – Lily Gladstone (Jamie) – Jared Harris (Fuller) – James LeGros (Ryan)
Auteur :

Née en 1964, l’Américaine Kelly Reichardt est scénariste et réalisatrice. Son premier long métrage, River of Grass, obtient le Prix du jury en 1995 au Festival de Sundance. Elle commence à être un peu connue en Europe avec son second film, Old Joy, en 2006 puis avec Wendy et Lucy, présenté à Cannes en 2008 dans la sélection Un certain regard. Plus récemment, Night Moves reçoit le Grand Prix du festival de Deauville en 2013. Peu connue du public européen, Kelly Reichardt pratique un cinéma minimaliste souvent inspiré de nouvelles et ancré dans l’Amérique profonde. 

Résumé :

Dans la petite ville de Livingston, dans le Montana, quatre femmes font face aux circonstances et aux challenges de leurs vies respectives, chacune s’efforçant à sa façon de s’accomplir.

Analyse :



Un vaste paysage que traverse en diagonale une ligne de chemin de fer, un train qui arrive très lentement de l’horizon et qui emplit peu à peu tout l’écran, le film débute sur une image de western et nous plonge d’entrée dans les territoires de l’Ouest américain. Inspiré de nouvelles de Maile Meloy, une auteure du Montana, il se présente comme la succession de trois récits de femmes qui ont en commun de vivre dans la même petite bourgade. Laura, interprétée par Laura Dern, est une avocate plus toute jeune qui se trouve pourchassée par un client rendu fou par l’injustice dont il s’estime victime à la suite d’un accident du travail. Gina, jouée par Michelle Williams, est une mère de famille énergique et stressée qui cherche à consolider son foyer aux liens distendus en construisant une maison comme le faisaient ses ancêtres pionniers. Pour ce faire, elle veut récupérer les pierres d’une ancienne école détruite qui encombrent le champ d’un vieux un peu fou. Dans la dernière histoire, la plus longue, la plus émouvante aussi, une jeune palefrenière d’origine indienne, une « cow girl » taiseuse au sourire éclatant, jouée par une inconnue, Lily Gladstone, remarquable, noue une relation éphémère avec une jeune avocate, interprétée par Kristen Stewart, qui vient donner des cours du soir dans une école près de son ranch.

Quatre solitudes, trois histoires minces de femmes qui vivent des vies simples, ordinaires, et cherchent à sortir de leur ennui. C’est très peu et pourtant on sort profondément ému de cette peinture de l’Amérique rurale. Kelly Reichardt a une précision de cadrage et de direction d’acteurs époustouflante. Elle nous fait pénétrer dans l’univers de ses personnages avec quelques regards, des silences, un sourire ou une bouche crispée, des plans très travaillés montrant leur isolement. Elle filme, dans les teintes dégradées de l’hiver, les splendides paysages du Montana, aux larges horizons fermés par des montagnes enneigées. On pense aux photographes américains des années 70 et aussi à certains tableaux d’Edward Hopper. Ce film est au long métrage traditionnel ce que sont les recueils de nouvelles par rapport au roman. On pense ainsi aux nouvelles de la canadienne Alice Munroe qui mettent toujours des femmes au premier plan du récit.

C’est minimaliste mais magnifique et les actrices sont remarquables. Il est bien dommage que ce film, malgré une très bonne critique, se joue dans aussi peu de salles. 

Jacques Champeaux