Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Ce qui nous lie

(France 2017, 1h53)

Réalisation : Cédric Klapisch - Cédric Klapisch, co-scénariste : Santiago Amigorena - Image : Alexis Kavyrchine - Montage : Anne-Sophie Bion - Musique de Loïc Dury et Christophe 'Disco' Minck - Distribution France : Studiocanal
Interprétation : Pio Marmaï (Jean), Ana Girardot (Juliette), François Civil (Jérémie), Éric Caravaca (leur père), Jean-Marc Roulot (Marcel), María Valverde (Alicia), Yamée Couture (Océane), Jean-Marie Winling (Anselme, son père)
Auteur :

Cédric Klapisch, né en 1961 à Neuilly, n'ayant pu faire l'IDHEC faute d''aimer le cinéma français, termina ses études de cinéma à New-York. Il réalisa des films à partir de 1984 (premiers longs métrages : Riens du tout, 1992 ; Le péril jeune, 1994) et son adaptation d'Un air de famille (Jaoui-Bacri) sera un gros succès. On connaîtra surtout ensuite sa trilogie de l'Auberge espagnole (2002 ; Les poupées russes, 2005 ; Casse-tête chinois, 2013 et Paris, 2008) autour de son acteur fétiche Romain Duris.

Résumé :

Jean, parti depuis dix ans, rentre en Bourgogne avant le décès de son père, riche viticulteur. L'héritage le confronte à ses choix de vie envers sa sœur (Juliette) et son frère (Jérémie), ses racines, et son couple.

 

Analyse :



'Ce qui nous lie', étymologiquement, c'est une religion — ici, bien sûr, celle du vin, exprimée d'abord par le paysage qui sera le principal personnage de ce récit solidement enraciné. Paisibles et magnifiques côteaux habillés à perte de vue de vignes drues et ordonnées, animés par endroits de bosquets, chemins ou murets ; couleurs passant au fil des saisons par toutes les nuances de verts, jusqu'aux ocres de l'automne et aux blancs de la neige... Un message d'unité et de pérennité qui sera l'enjeu des confrontations à venir.

Les tâches de la viticulture, colonne vertébrale commune des personnages ici réunis, forment la trame du temps qui passe. Certes, elles sont parfois peintes de façon très symbolique : tantôt une poignée de gros propriétaires terriens, sécateurs en mains, taillent leurs hectares de vignes comme un locataire soigne son rosier sur un balcon ; tantôt ils mâchent un grain de raisin cueilli dans une mer de grappes pour juger du bon moment de la vendange... ; mais elles témoignent bien de cet enracinement dans un métier et un lieu. De même, la mélopée qui égrène, en plus d'une occasion, les noms des villages et crus des environs, noms connus, même de loin, par un large public, unit les spectateurs aux protagonistes dans une plaisante complicité.

Mais la complicité devient un piège lorsque les liens familiaux se transforment en entraves. Les enjeux de pouvoir se mettent à envahir l'horizon des préoccupations, traduisant un affrontement entre futur et passé dans lequel les individus se trouvent tous déchirés, chacun à sa façon. Enjeux de pouvoir qui imprègnent aussi les relations entre employeurs et employés, possédants et travailleurs, propriétaires et précaires, que la sincérité des bonnes volontés ne peut effacer.

Cet entrelacs de thèmes et centres d'intérêt s'articule sur une intrigue ni très originale, ni très palpitante : le domaine sera-t-il préservé ? Les couples vont-ils y résister ? Aussi l'amour du (très) bon vin est-il un ingrédient important du plaisir que l'on peut prendre à suivre l'histoire. Mais les paysages sont vraiment beaux, les personnages attachants, et l'optimisme qui imprègne ce joli film n'est pas à négliger de nos jours.

Jacques Vercueil