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Cinéma

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Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage (Al Ma' wal khodra wal Wahj El Hassan)

(Egypte, 2016, 1h55)

Réalisation : Yousry Nasrallah - Scénario : Yousry Nasrallah et Ahmed Abdallah - Montage : Mona Rabie - Son : Ibrahim Dessouky - Directeur artistique : Hamdy Abdelrahman - Musique : Wael Alaa - Costumes : Ghada Wafik - Décor : Yasser Al Husseiny - Production : Ahmad El Sobky - Distribution France : Pyramide distribution
Interprétation : Laila Eloui ou Elwi (Shadia), Mena Shalaby (Karima), Bassem Samra (Raafat) , Ahmed El-Daoud (Galal), Alaa Zenhom (Yehya)
Auteur :

Né en 1952 au Caire, Yousry Nasrallah a été l’assistant de Youssef Chahine, avant de réaliser son premier long métrage, Vol d’été en 1987. Sa filmographie rend compte de la réalité sociale et politique de son pays, notamment avec un documentaire sur la jeunesse égyptienne, A propos des garçons, des filles et du voile (1995), La ville, primé au festival du film africain de Milan en 1999 et La bataille qui se passe en Egypte pendant le printemps arabe de 2011. Le ruisseau, le pré vert et le doux visage sont trois éléments qui évoquent le paradis dans la poésie arabe.

Résumé :

Le cuisinier Yehya et sa famille gagnent leur vie en préparant des repas de mariages dans des villages. Le fils aîné, Rafaat, est passionné de recettes et son cadet, Galal, aime courir les jupons. Lors d’une fête, un homme d’affaires et sa femme proposent de racheter leur commerce, ce que Yehya refuse catégoriquement. Les menaces se font jour.

Analyse :



La fête orientale envahit vite l’écran et s’empare du spectateur parmi les chants et les danses, les youyous des femmes, les coiffures, les couleurs et les saveurs. Alors que la société égyptienne reste traumatisée après les revers qui ont succédé aux espoirs du printemps 2011, le réalisateur a voulu montrer l’énergie vitale et la liberté des êtres humains dans leur vie quotidienne, leurs joies, leurs désirs et leurs amours car, dit-il, « parler de désir est un geste politique» dans l’Egypte d’aujourd’hui. Une femme et un homme ont osé se marier secrètement, un homme aime une femme qui ne lui est pas destinée, un autre une femme d’une classe supérieure, un homme âgé utilise un stimulant en cachette : des petites victoires qui sont en réalité de grandes libertés. La séduction de la bonne cuisine et les plats qui mijotent, avant de défiler jusqu’à la grande table, rappellent tout à la fois Le festin de Babette et Délices de Tokyo. Travellings et plans-séquences filment presque goulûment les visages et les corps ou encore une danse du ventre des plus sensuelles. Yousry Nasrallah opère des va-et-vient entre les arrière-cuisines où chacun s’affaire et les salons où l’on mange et où l’on s’amuse. Il y dérobe ici ou là une scène intime, des sentiments vrais et forts. C’est un monde généreux, plein de vie et de chaleur. Mais le mal n’est pas loin et des appétits féroces rôdent. Etonnamment, le film s’attarde peu sur un acte injuste et cruel, une façon subtile de rappeler la banalité de la violence actuelle. On a du mal dans la première partie à identifier les nombreux personnages mais le scénario est dans l’ensemble bien agencé. La conclusion, dans l’eau purificatrice, n’est pas moralisatrice.  

Françoise Wilkowski-Dehove