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Fiche technique :
 - Scénario : Siew Hua Yeo - Directeur de la Photo : Hideho Urata - Monteur : Damien Hui - Musique : Damien Guillaume, Wei Yong Teo, Gilles Bernardeau - Distribution France : Epicentre Films

Avec :
Xiaoyi Liu (Wang), Peter Yu (Lok), Yue Guo (Mindy), Ishtiaque Zico (Ajit), Kelvin Ho (Georges)

Les étendues imaginaires (A Land imagined)

Singapour, France, Pays-Bas, 2018, 95min.

Léopard d'Or, Locarno 2018

Réalisation : Yeo Siew Hua

Biographie :

Considéré comme appartenant à la Nouvelle vague singapourienne, Siew Hua Yeo a étudié la philosophie avant de se consacrer au cinéma. Il y a dix ans, son court métrage,The house of straw (La maison de paille), a été remarqué dans les festivals de Bangkok et Sao Paulo. Les étendues imaginaires, son premier long-métrage, a reçu le Léopard d’or à Locarno en 2018.

Résumé :

Lok, inspecteur de police, enquête sur la disparition d’un ouvrier des chantiers de construction de Singapour. Wang, travailleur immigré chinois, se casse le bras, et se retrouve chauffeur à mi-temps, trompant sa solitude dans un cybercafé où travaille la belle Mindy. 

Analyse :

Ce film, d’une grande beauté visuelle, est avant tout une charge implacable contre les conditions de travail des immigrés de Singapour, précisément ceux qui travaillent sur les chantiers pharaoniques destinés à accroître l’emprise de l’île-Etat sur la mer. Mais autour de ce documentaire-témoignage, Siew Hua Yeo a aussi réalisé un film de genre, à la fois policier, onirique et sociétal. Il pose en outre le problème politique de l’extension de Singapour qui importe chaque jour de Malaisie, d’Indonésie, du Vietnam, de Corée, etc., des tonnes de sable pour s’étendre un peu plus. Tout le film se concentre sur la mer et les terres en travaux, dans l’ombre, ignorant son opposé, le quartier huppé et inondé de lumière de Marina Bay Sands, symbole de la ville, qu’on ne voit à aucun moment. La caméra, parmi les énormes grues, les camions géants, les amas de poussière de ciment, décrit le travail d’esclaves des ouvriers venus de toute l’Asie, de Chine, du Bangladesh, des Philippines, etc., pour gagner un peu plus que dans leur pays. A l’embauche, ils doivent remettre leur passeport au chef de chantier, devenant ainsi ses captifs et perdant toute identité et possibilité de partir. On devine qu’ils n’ont aucune protection sociale. Fatigue, soumission et solitude sont leur lot quotidien et l’on sent le réalisateur, qui les filme au plus près, indigné par tant d’inhumanité. Des plans larges, avec les lumières, la nuit, au bord de la mer, sur les innombrables grues symbolisent la puissance des sociétés de construction. Le talent du chef opérateur japonais Hideho Urata s’exprime dans des superpositions de plans très poétiques aussi bien à la lumière du jour que sous les néons : ainsi le visage de Chang, en gros plan, se détache-t-il devant un aquarium et des poissons rouges derrière lesquels on distingue également des visages de femmes. A côté de l’enfer du jour, Siew Hua Yeo décrit un enfer de la nuit où la violence des relations est présente ou sous-jacente et où ces habitants des bas-fonds fréquentent les cybercafés pour trouver une écoute, une distraction. Malgré une dernière scène où s’exprime la compassion du policier, le film laisse une impression de profond malaise et de honte.

Françoise Wilkowski-Dehove

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